La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

i31 LA REVUE SOCIALISTE Qu'on en juge: M. Paul Strauss - Ce que nous voudrions savoir, M. le Préiet de police, c·est si vous avez en mains toutes les ressources nécessaires pour J'œuvre de préservation sociale que vous devez poursuivre. Lesfon.is q11eJe mi11istère de /'folérieur met à 1Jotredisposiliott, M. Je Préfet, et que depuis trois ans -vousave'\ dll. recevoir, ces fo,ids sont-ils, comme Je bruit e11- a couru, taris d.11,s leur source? ('Très bie11). En tm mo/1 monsieur Je Préfet, avez.-vo11sreçu meusue/lemeut, depuis trois ans, les 50,000 jrJ1,cs que le ministère de tlntirieur, s11iv,1nt rme tradition cons/au/e, doit vous douuer? Il faut bien distinguer, Messieurs, entre les deux polices dont M. le Préfet a la responsabilité. Les gardiens de Ja paix n'ont à faire que de la police répressive. C'est avec les fonds secrets que doit itre assurù {autre police: la police pri1Jenti1Je. Eh bien, au nom du Conseil municipal tout entier, car nul sans doute ne me désavouera, je: demande a M. le Préfet de police de nous apporter ici autre chose qu'un optimisme bien étrange, qu'un étal.:tge de satisfaction personnelle, mais la preuve qu'il est â la hauteur de ses fonctions dans les circonstances fâcheuses que nous traversons, qu'il est digne enfin d'assurer la securité de Paris et le maintien du bon renom de notre capitale dans toute l'Europe. {Bruit. - Applaudissements). M. le Préfet de Police. - M. Paul Strauss se trompe en disant que je n'apporte ici qu'un optimisme inattendu. Je ne suis malheureusement pas un opti1niste, je me borne à dire ce que j'ai fait ...... . Je mëtais r<!nfermC dans la question telle que l'avait posCe M. Charles Laurent. M. Paul Strauss a cru devoir en traiter une seconde, qui ne concerne en rien le Conseil municipal. Je veux parler de l'emploi et du chiffre des fonds secrets. M. Stupuy. - Tout est là pourtant! Vous donne-t-on ces fonds, comme on doit vous les donner, oui ou non ? M. J\lpy. - Il me semble que tout ce qui touche à la sécurité de Paris concerne Jes représentants de la population parisienne. M. le Préfet de Police. - On m'a demande si j'ai les moyens d'assurer la sécurité dans Paris. j'ai répondu que, depuis longtemps, j'avais sollicîté des mesures en vue de renforcer le personnel de la police à Paris, M. Paul Strauss me demande maintenant si la police qu'il appelle préventive est assurée par les fonds secrets. Je peux lui répondre que tous les agents secrets de ce service ont à leur disposition les sommes necessaires ... {Bruit). M. Faillet. - Rendez-nous en compte! (Le bruit augmente). M. le Préfet de Police. - ..... et que, à cet egard, je n'ai rien de plus à demander au ministre de l'Intérieur, qui m,ouvre les crédits dont j'ai besoin, suivant les circonstances. Il est difficile d'être plus clair, plus pressant que M. Strauss, plus vague et plu, volontairement obscur que M. le Pr~fet d.::police. Ce fonctionnaire ne pouvait évidemment pas déclarer à haute voix que les fonds destinés à surveiller les anarchistes avaient été employés à un autre usage par le précédent ministre de l'Intérieur; de sorte qu'en définitive, c'est au grand'homme de la Bourgeoisie satisfaite, au dompteur du socialisme, au héros de Fourmies que revient, par la désorganisation de 1a police, la responsabilité de la panique dont certains ne sont pas encore bien remis. ~1e voulez-vous? Cet homme fort avait besoin d'argent probablement pour acheter quelques consciences de députés et de journalistes sur le grand marché parlementaire.

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