î2U LA REVUE SOCIALISTE cc dur régime, la mère 52 et tous les deux moururent d'épuisement après avoir mis de côté environ vingt mille francs,soit dix. mille chacun. Presque toujours la petite propriété a été aussi péniblement a.::quisc et, malgr:, les efforts dépensés, malgré les traditions d'économie qui caractérisent notre race, elle a été, elle est encore très instable. L'ouvrage de ~I. de Foville nous en fournira la preuve. Au X.VI• et au XVII• siècles les petits propriétaires ont fort prospéré, mais Boisguillebert nous les montre, en lfü)7, contraints de Yendrc tout ce qu'ils avaient acquis. - En lï38, une nouvelle expansion se manifeste; l'abbé de St-Pierre remarque• que les « journaliers ont presque tous un jardin ou quelque morceau de vigne on de terre». Cinquante ans plus tard Young attribue un tiers du territoire à la petite propriété. La Révolution qui est cnsnitc survenue n'a pn que favoriser ce mouvement par la mise en vente des biens nationaux; depui,; un siècle l'émigration des journaliers qui n'ont rien vers les Amé-- qucs ou vers les villes va sans cesse en croissant; depuis un siècle les parias ùe la terre abandonnent la campagne, et pourtant combien sont nombreux ceux qui ne possMent pas un pouce de terrain! et combien il s·en faut que les statistiques accordent aujourd'hui à la petite propriété la même étendue que lui accordait Arthur Young. On ne peut dire ccpeudant que les capitaux visent le sol. Les riches particuliers, les puissantes sociétés. financières qui désirent de la terre achètent hors de France. Malgré cette indifférence des capitalistes pour la propriété, le morcellement ne prospère pas avec les années d'abondance et il suffit d'une crise comme celle que nous traversons pour fairereculer brusquement le nombre des cotes. • Le morcellement n'est donc pas et ne peut pas être une solu-- tion. Il s'est développé dans certains pays plus que dans d'autres, par exemple, en France plus qu'en AngletP.rre, mais cela tient uniquement à ce que, chez nous, les qualités de la race conquérante ont été par trop inférieures à celles de la race conquise. Cependant, malgrt! toutes ces qualités de patience laborieuse,. d'abnégation, de ténacité et d'économie du paysan français,. jamais la petite propriété ne s'est dcveloppée normalement et n'a été assurée du lendemain. Il n'en faudrait pas davantage pour démontrer ù tous que cet idéal du morcellement ne suffit. pas et le paysan français lui-même ne sera pas le dernier à s'en aperceYoir. 1 Le paysan, en effet, n'est pas tel que nous le montre M. deFoville. Le type légendaire, qu'on nous présente ordinairement.
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