La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LE MORCELLE~IEXT î25 Cette objection, que le morcellement et le malthusianisme marchent de compagnie, n'a pas échappé à M. de Foville, mais il passe légèrement et ne fournit à ce sujet qu'un semblant de réfutation. La Belgique, dit-il, est un pays des plus morcelés et cependant sa population ne cesse d'y progresser. L'auteur oublie de remarquer qu'en Belgique, de même que dans nos départements du nord de la France, il y a une population rurale et une population ouvrière travaillant dans les mines et dans lrs usines. Or, les ménages d"ouvriers sont lrs plus chargés d"enfants et pour que !"argument de M. de Foville eut quelque Yaleur il faudrait montrer que le même accroissement se produit aussi dans les régions purement agricoles. Le morcellement est impraticable.- Ceci it l'air d'un para- <loxe et !"onpeut nous répondre, victorieusementsemble-t-il, que la petite propriété existe. Elle existe, en effet, mais hâtons-nous -d'ajouter qne c'est à l'état d'exception. Il ne saurait en être autrement d'ailleurs puisque le travailleur se trouve dans l'impossibilité d'acquérir la terre d'une façon normale, et, l'ayant acquise, de la conserver. Passez dans nos campagnes; informez-vous de ce11x qui n'avaient rien autrefois et qui aujourd'hui possèdent, peu si vous voulez, mais qui possèdent. Nos paysans vous répondent dans leur langage pittoresque ou bien <( ils ont fait de la terTe avec les dents)) ou bien cc ils se sont levés matin»; en d'autres termes: chaque jour de leur vie, ils se sont privés de la nourriture qui leur était nécessaire et le modeste enclos est tout autant le fruit de leurs privations que de leur travail; dans le second cas, ils ont prospéré par le travail d'autrui, ils ont volé. Or, quand pour être propriétaire on est enfermé dans ce dilemme: ou bien faire de cette vie un enfer ou ètre un voleur, nous soutenons que la propriété n'est pas à la portée du travailleur. ll nous est difficile de savoir ce qu'un homme peut voler pendant sa vie, cela dépend des aptitudes; mais il est possible de connaitre à quel chiffre atteindra une personne honnête qui aura .:1.m:isséjusqu'à sa mort. Une famille, habitant une petite ville du Midi nous fournira l'exemr,le désiré. Le mari, tailleur d'habits, avait épousé un servante, qui, comme lui, ne possédait d'autres ressources et d'autre capital que ses bras et une robuste santé. Durant toute leur vie ils peinèrent, acquôrant de loin en loin, par d'austères privations et de rudes labeurs, quelques parcelles de terre, cousant lorsqu'il pleuvait et profitant ainsi de ce léger cumul pour grossir leurs économies, mais les jours de travail et les jours de fête ne mangeant que du pain et des pommes de terre in variablement cuites à l'eau. Le p,~re résista -17 ans à

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