La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA RELIGIOX o'APR?:s U:-1 ÉCOXO)llSTE 703 bornerons notre tâche à rechercher comment:\[. de :\Iolinari a pu ètr<.'amené ,'t n'attribuer à ceUe crise que des causes morales; déjù, en retraçant dans ses grandes lignes la thèse de M. de Molinari, nous avons dit qu'il faisait consister ces causes, en ce ce qui concerne la multitude, dans l'incapacité et l'insuffisance, du setf-qovernment, pour les classes dirigeaates, dans l'intempérance et la malhonnêteté du g<•uvernement rollcctif. Incomplète peul-être mais dn moins juste, impartlalr, la critique du gouvernement collectif de la classe au pou voir; si pour établir la prétendue incapacitt'.• gouYernante des prolétaires, ::\1.de l\Iolinari eut cons<.'n-é cette même impartialité il n'eùt pa~ écrit: « Tandis que l'accroissement de la puissance productive multipliait la richesse, l'iyrog-nerie, l'imprévoyance, la paresse, le mépris des devoirs de famille multipliaient le paupérisme et gros~is::;aienl le contingent de la criminalité l>. Ce qu'il y a dïnjnste, do révoltant dans cette phrase est au-des ous d'une r<iputation, nous ne retiendrons que l'e;•reur sociologique qu'elle renfcrm.:i. CetLe erreur qui, pour la dernière partie du livre, vient rompre l'extérieure harmonie des déductions rst d'autant pln apparente que l'ordinaire méthode analytique de :\I. de :\[olinari la rendait absolument impossible. Chaque fois, en effet, que ::\1. de l\Iolinari est conduit à préciser les facteurs déterminants ou modificateurs d'un phénomène social quelconque, familial, religieux, artistique, etc., il nous :fait assister à n □ véritable travail de dissection, recherchant, dans l'enchevètrement de l'organisme social, les causes premières, en un mot la ou les raisons économiques. Mettant en parallèle le polythéisme et le christianisme afin de dt•gag<.'rles arnntages de CP dernier, avantages qui grâce au concours de circonstances politiques extrèmement favorables amèn<.'ront fatalement soa triomphe, ::\1. de !11olinari passera rapidement sur la supériorité morale du christianisme initial pour bien mettre en relief sa supériorité économique qu'il résumera en cette phrase d'un laconique sans façon : « En un mot, le paganisme était une religion chère, le christianisme ('.•taitune religion à bon marché ». Plus tard lorsque M. de ;\Iolinari sera appelé à étudier les causes de la réforme, se contentera-t-il pour l'explication de la protestation luthérienne, de faire valoir les causes morales immédiates telles - le relâchement, la corruption, l'avilissement du clergé catholique? Non. :\,Lde Molinari ne limitera pas son enquête à l'exacte connaissance de ces troubles moraux superficiels, il recherchera les causes de celte décadence du clergé catholique et il les trouvera dans l'exercice du monopole religieux - raison économique par excellence.

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