La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

î01 LA REYUE SOCIALISTE Pourquoi lorsqu'il s'est agi de la crise sociale actuelle M. de Molinari a-t-il renoncé à son habituelle méthode d'investigation ? Pourquoi a-t-il voulu voir dans « l'ivrognerie l'imprévoyance, la paresse, le mépris des devoirs de famille» les causes principales du paupérisme et de l'accroissement de la criminalité? Pourquoi ne pas avoir aussi cherché à mettre en lumière la cause économique Je ces perturbations morales qui ne sont pas, comme ::\I. de Molinari semble vouloir le faire entendre, l'apanage exclusif des classes ouvrières; on peut les observer aussi et combien intenses au sein des classes dirigeantes sans que pour ces dernières on puisse invoquer les atténuantes circonstances économiques qu'on a - je ne dirai pas le droit, mais le devoir - d'invoquer toujours en faveur des classes ouvrières? A toutes ces interrogations une seule réponse suffira. Le procédé logique d'analyse qui, dans l'exemple précédemment cité, entraînait la condamnation du monopole, devait, appliqué à la crise sociale que nous traversons, amener ~I. de Molinari à condamner également un régime économique dont il est, par ses vastes connaissances, par son i ncontcstable talon t un des plus robustes champions. Très compréhensible dès lors que M. de :\lolinari ait préféré un chemin détourné, à l'autre, à celui de la vérité dans lequel souvent nous nous sommes engagé avec lui, qui, aboutissant à la négation du caractère purement moral des causes de la crise, infirmait, étant donné l'allure syllogistique des derniers chapitres, la plupart des déductions de !11. de Molinari sur la nature des remèdes à y apporter. M. de :\Iclinari considère comme conditions nécessaires du progrès religieux, la séparation de l'Eglise üt de l'Etat, droit absolu de propriété. Une telle formule, de bonne orthodoxie libérale, se trouve justifiée par l'évolution religieuse dans le passé; appliquée - mais avec équité - au présent, elle causerait à ses inspirateurs de cruels mécomptes. M. de Molinari en trouverait un indice dans l'accueil fait à ses conclusions par la presque unanimité des« producteurs de services religieux» et des politiciens qui ont pris en main les intérêts de l'autel. Pour être souvent en contact avec elles, ils connaissent suffisamment l'esprit des masses pour savoir que du jour où l'Etat n'alimenterait plus leur escarcelle, la plupart des membres du clergé ne tarderaient guère à être réduits à la plus misérable des conditions; il n'est pas douteux que seul l'instinct collectif de conservation les pousse à s'accrocher désespérément à l'Etat dont ils retirent ressources matérielles et influence. La vanité de leurs efforts est évidente. Comme l'a très justement écrit un publiciste protestant:

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