La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA RELIGION D'APRÈS UN ÉCOXO~l!STE îül progrès économique.et du progrès religieux, celui-ci résultant de celui-là. Dans Religion les croyants deviennent dts « consommateurs de services religieux >> dont les sorciers, l<'sprètres seront les « producteurs »; à prio1·i, à de telles expressions il est aisé de comprendre que la religion va être quelque peu traitée en marchandise, tl'ès normal dès lors qu'à traYers les siècles le produit $OCialreligion subisse sur le marché des lois économiques et au premier rang celle de J'offre et de la demande. La justification des principes de l'économie libérale par l'évolution religieuse, telle est la trame mème de l'œuvre qui prend ainsi un aspect uniforme,quelquechose comme un problème d'algèbre ou de trigonométrie dans lequel, par une cascade d'équations, plus ou moins rigoureusement déduites les unes des autres, on arrive à la formule de résolution. Par ce procédé simpliste, qui. s'il présent<' de très réels avantages, n'est pas appliqué à un phénomène social aussi complexe que la religion sans entrainer de graves inconvénients, la tàche du critique se trouve réduite à la vérification des différentes propositions et au rejet de celles qui, après consciencieux examen, ne sembleraient pas admissibles. Il faut tout d'abord reconnaitre que les constatations de l'histoire apportent en général à l'économiste l'appoint de leur autorité. Cesconstatations entrainent parfois un jugement sévère dn rùle des religions ; :\I. de :\lolinari ne les écarte point pour cela; il sera d'autant moins disposé à les écarter qu'elles serviront plus directement à la consolidation de sa thèse. Il ne craindra pas de reconnaitre que dans les luttes dn christianisme et du paganisme, les chrétiens dans l'ardeur de leur foi, se montraient moins tolérants que les païens et il trouvera fort juste que les Antonins n'aient pas hésilé à sévir contre un culte pareillement envahisseur, autol'itaire, intolérant; il reconnaitra également qu'au v• siècle,lors de l'invasiou des barbares,le clergé chrétien,en s'efforçant de se concilier ces derniers,était mu autant par le désir de conserver ses privilèges et ses biens, que par le sentiment de prosélytisme; avec même franchise il expliquera la violence du christianisme dans la répression des schismes, par cette raison, que cc n'était pas pour le maintien de tel ou tel dogme que luttait le clergé, mais bien pour les avantages matériels qu'il trouvait dans la jouissance du monopole. Il serait facile, avec Religion de continuer encore la série des cita Lions qui attestent de la justesse et de l'impartialité de jugement de l\l. de l\Iolinari, mais ne pouvant, en cette analyse, aborder que les points principaux, nous devons dès à présents signaler ceux qui offrent matière à discussion.

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