La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

700 LA REVUE SOCIALISTE des sociétés primitives, alors que les autres moyens de répression n·existaient pas encore ou étaient à l"état rudimentaire et par suite à peu près sans efficacité, les religions, au moyen des récompenses ou chàtiments extra-terrestres ont assuré l'ordre avec un minimun de frais. Dans le bilan des religions l"actif remporte considérablement sur le passif. Le sentiment religieux est en décadence; doit-on en conclure que le rôle de la religion soit terminé? :\I. de :\iolinari ne le pense point. La crise sociale actuell,-1,une des plus graves qu'ait traversée l'humanité, a dei- causes purement morales; pour la multitude: incapacité et insumsan.ie du gouvernement collectif; pour les classes dirigeantes : intC'mpérance et malhonnèteté du gouvernement collectif. C'est donc une réforme morale qu'il s'agit d'accomplir. v·une part, éclairer la conscience sur les vices, les imperfections du self-government individuel et du gouvernement collectif, délimiter les droits et les devoirs de chacun, voilà pour l'économie politique; d'autre part, fortifier, armer cette conscience contre les suggestions de l'intérêt et des passivns, à la religion seulement doit incomber cette seconde tàcbe. La nécessité de l'intervention religieuse ainsi démontrée, dans quelles conditions le culte et ses ministres devront-ils ètre placés pour qur dans l'œuvre de rénovation mora[e le sen liment religieux puisse avoir son maximum d'influence? Indépendance vis-à-vis de l'Etat, liberté absolue d'association, droit de propriété sans limite d'étendue ou de durée, répond :\1. de :\Ioliuari. Si cet ouvrage devait porter un sous-titre, nul ne saurait mieux lui con~enir que celui de: La Religion devant lrr,s.:ifmce economique. 01)S deux personnalités qui sont en M. de Molinari, le croyant et l'économiste,la première, dans la plus grande partie de !"ouvrage, se trouve évincée par la seconde. Aux questions religieuses, sans s'effrayer des possibles déductions, :\I. de Molinari applique une méthode d'investigation purement scientifique; avec une louable indépendance de savant seulement soucieux de claires démonstrations, il use largement de la terminologie économique ce qui, aux yeux de gens très susceptibles à l'endroit des choses religieuses, constituera un maximum d'irrespect. Les premiers chapitres en lesquels, pour les sociétés humaines primilives, M. de Molinari étudie la nature, le développement du sentiment religieux, l'origine du culte, ses transformations successives, sont d'une lecture facile et fructueuse; à chaq ne page y apparaît le constant souci chez ! 'auteur de toujours rester Jans la vérité sociologique. M. de Molinari s'attache longuement à faire ressortir l'étroite interdépendance du

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