La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

696 LA REVUE SOCIALISTE aucun service dans aucune période difficile, les dividendes qui sont alloués à ce capital représentent une véritable spoliation du public. Car en définitive, quand le public remêt à la Banque munie du privilège d'Emission, de bonnes valeurs commerciales d'une solvabilité certaine et qu'il reçoit en échange des billets de Banque, c·e.-t le public qui fait crédit à la Banque. C'est lui, public, qui est possesseur d'une richesse réelle et qui reçoit en échange de la monnaie (lducia,ire. Les billets fmis n'ont de valeur que si le portefeuille des papiers escomptés est solide et à brève échéance. La valeur des billets de banque n'est qu'une émanatirJn de la valeur même du portefeuille commercial. C'est donc le public qni fait crédit. C'est lui qui, les frais d'administration couverts et les rares pertes déduites, devrait toucher les bénéfices de ralfaire. Le défaut de place nous empêche de présenter un certain nombre de citations empruntées à des financiers éminents, qui ont rappelé justement les Banques d'émission à l'humilité de leur rôle et rabaissé leurs prétentions. Dans la discussion qui a précédé la loi du 31 juin 1840, (deuxième prorogation du privilège) Rossi, dans un rapport demeuré célèbre, envisageant la possibilité de la création d'une Banque d'Etat.se prononce contre cette idée en vertu de la seule raison suivante: « En France. dit-il, la majorité des départe- « ments ne connait guère les billets de banque; et s'ils voyaient « paraître des billets émanés du gouvernement., ils ne seraient {< que trop disposés à les regarder comme des assignats. > Avouons que cette seule et nnique raison invoquée par Rossi pouvait ètre valable en 1840, mais qu'elle est aujourd'hui sans .aucun fondement. 'ous ne croyons pas que M. Burdeau lui-mème ose, dans la discussion qui !<'ouvrira, combattre en face le système de la Banque nationale. l'ious ne croyons pas qu'il essaie de refuter aucun des arguments ci-dessus. Il se contentera probablement, tout en rèildant hommage au principe, de plaider lïnopp9rtunité et les difficu!tés matérielles très considérables de son application, à cause de la situation actuelle de l'Europe. Devant la Chambre, les intérêts de la Démocratie seront encore une fois sacrifiés. Battus sur ce premier point, le3 rares républicaios qui restent encore debout devant l'oligarchie financière, pourront résister une dernière fois en demandant à la Banqne des concessious beaucoup plus considérables que celles qui lui sont imposées par M. nurdeau. Ce dernier, en effet, se contenterait, ù part un certain nombre d'améliorations de détail consenties au profit du public

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