GG LA REVUE SOCIALISTE tion, puisqu'ils ont fait disparaitre les soucis les plus tenaces du chef de maison; celui de voir sa propriété s'émietter dans un partage légal, et celui de diminuer sa fortune, de son vivant, pour poumir placer ses enfants. c·est pourqnoi, en Angleterre, alors que l'immense prolétariat, urbain et agricule, soumis à peu près aux mêmes lois économiques qu'en France, donne son maximum de fécondité dans un maximum de misère, la classe possédante elle-même affranchie des motifs qui obligent, chez nous, les bourgeois à limiter leur progéniture, ne crainl pas de procréer, attendu qu'en définitive, au point de vue de la transmission de l'avoir, quel que soit le nombre d'enfants que produise un père de famille, il n'y en a jamais qu'un qui compte. En Allemagne, l'industrie capitaliste est concentrée ou tend à se concentrer comme en Angleterre et comme en France; mais la grandr propriété foncière y a des racines profondes dans l'aristocratie de naissance qui exerce encore dans les campagnes les droits essentiels de notre ancienne féodalité. Les majorats, les biens de main-morte y occupent une grande partie du territoire. La petite propriété individuelle émerge à peine des anciennes tenures et des fiefs. Le régime agricole, en ces pays, pourrait assez être comparé à ce qu'il était chez nous à la veille de la Révolution. Quant. à la Russie, on sait que la petite propriété individuelle n'y existe pas. Les juifs ont l'argent, les 11obles ont la plus grande partie du sol; et les terres qui ne sont ni à l'Etat, ni aux nobles, sont la propriété collective des paysans, sous le régime des mirs. Ainsi, nulle part, la proJJriété, sous la forme dr la possession individuelle, n'est aussi distribuée qu'en France. Il y a à peine trente mille propriétaires en Angleterre; il y en a plus de six millions dans notre pays. C'est pourquoi, tandis qne chez les autres peuples européens, soit parce que les prolétaires (ouvriers ou paysans) y sont plus nombreux, soit parce que les possédants ne sont point retenus, comme chrz nous, par des considérations économiques spéciales, la procréation est peu ou point limitée; en France, avec un prolétariat assurément m0ins répandu qu'en Angleterre, avec une bourgeoisie plus forte qu'en aucnn autre pays, avec une classe de propriétaires ruraux solidement attachée au sol, la procréation tend à se limiter de plus eu pins. :.lais chez nous comme autour de nous, ce n'est pas le prolétariat qui se restreint: c'est le possédant, à un titre quelconque; c'est le rropriétaire.
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