La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

682 LA REVUE SOCIALISTE <i L'homme, nous dit-il, est ce qu'il est. li sera toujours guidé par l'amour des richesses et des plaisirs ; ses passions sont aussi éternelles que légitimes, il ne s'agit que de savoir les employer à son propre bienêtre et au bien-être général, (( L'ordre sociétaire qui va succéder à l'incohérence civilisée n'admet ni modération, ni égalité, ni aucune des vues philosophiques ; il veut des passions ardentes et raffinées ; dès que l'association intégrale est formée, les passions s'accordent d'autant plus facilement qu'elles sont plus vives et plus nombreuses ». Sur ce thème dont la base est assez peu édifiante et en tout cas assez fragile, puisque l'homme n'est envisagé que dans ce qu'il est, et aucunement dans son dr.;euir, le réformakur ne tarit pas, il y revient à cent endroits de ses ouvrages. Ce naturalisme à outrance est basé néanmoins sur une conception qui mérite examen. Frappé de l'ordre sériel qui préside à l'agencement et à la distribution de la vie universelle, Fourier pose en principes que l'attractio1t est universelle, que les attractions sont proportio1111ellesaux destinées, d'où la conclusion que la série distribue les har111011ies. Il n'y a plus, après cela, qu'à aider les hommes et les femmes délivrés des servitudes et des préjugés actuels, ayant brisé le joug de la famille, à se grouper conformément à leurs attirances et affinités, et à se distribuer en séries combinées. Il en résultera la plus grande somme possible de travail productif et décoratif, de bonheur industriel, .de richesses générales et de solidarité sociale. Telle est la vra:e voie. selon Fourier. (( Le moralisme se vante d'avoir étudié l'homme; il a fait tout le contraire, il n'a étudié que l'art d'étouffer les ressorts de l'àme ou - attractions passiorinelles, sous prétexte qu'elles ne conviennent pas à l'ordre civilisé et barbare; il fallait, au contraire, décider l'issue de cet ordre civilisé et barbare antipathique avec les attractions passionnelles, qui tendent à l'unité. » li est temps, ajoute-t-il, de suivre la nature en ses développements. L'enfance de l'humanité se divise en sept périodes: séries confuses, sauvagerie, patriarcat, barbarie, âvilisatio11, gara11tis111es,éries ébauchées,- nous sommes à la fin de la période de civilisation; il s'agit de passer en gara11tis111e pour s'acheminer vers l'organis:ition harmonienne, aux splendeurs inouïes et aux bonheurs ineffables. Pour cela, nul besoin de révolution, une simple Commune modèle ou phalanstère et la terre entière se convertira en peu d'années, tant les premiers résultats seront éclatants et merveilleux. Dans le phalanstère, tolft sera organisé pour la vie attrayante et libre, une vie au goût de chacun; commune, si l'on veut, solitaire si on le préfère. On y poursuivra deux objets: la commodité générale et

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