La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

û78 LA REVUE SOCIALISTE Tels furent les hommes ; nous allons maintenant donner une analyse de leurs systèmes, si suggestifs et si féconds. On y trouvera, nous le répétons, dans leur forme première, à peu près, toutes les conceptions générales du socialisme contemporain et de toutes les revendications des Partis ouvriers, si oublieux de leurs premiers théoriciens. XV. - SAINT-SIMON ET SON ÉCOLE. La vie et /'œuvre de Saiut-Simon. - Ses dùciples, leur e,1/bousiasme tl ltllr tJ.ileur it1/tl- /ectu.Llle. - '7tisrm,é dt la doctrine saù1l-simo,iiem1t. - Son ,mporlatice. - Appritiation dt Tbomssen. « Levez-vous, monsieur le comte, car vous avez aujourd'hui de grandes choses à faire. ,, C'est par ces paroles que dès l'àge de dix-sept ans, le comte Henri de Saint-Simon, descendant du célèbre auteur des éfrfémoires et qui prétendait remonter à Charlemagne, se faisait réveiller tous les matins. Cet adolescent qui, volontaire de l'indépendance américaine allait, peu de mois après, être créé colonel sur le champ de bataille par Wasingthon et qui, à dix-neuf ans, projetait le percement des isthmes de Suez et de Panama, allait en effet préparer de grandes choses et consacrer sa vie à deux des plus vastes œuvres que puisse concevoir l'esprit humain : le bo11be1d1ers hommesel l'embellisseme1d1ut globe. A cet effet, il se consacra, dès l'âge de vingt et un ans, à la fondation d'une grande école scientifique, pour la réalisation de ses plans grandioses de rénovation universelle. Ce fut le but de toute son existence, il s'y donna complètement jusqu'à la ruine, si bien qu'après avoir mené grand train, il dut, pendant de longues années, remplir pour vivre, un modeste emploi de 1.000 frans par an, au Mont-de-piété. Son premier admirateur Biard, l'en retira et le recueillit chez lui, mais ce modeste Mécène mourut bientôt, et le comte de Saint-Simon,. le génial auteur des Lettresd'un babita11/de Ge11èveà ses co11/e111porai11s, de I' /u/rod11clio1a111xtravaux scie11/ijiq11deus dix-11e11vièmseiède, de la Scieiicede l'homme, du Nouveau cbrislia11isuu, fut réduit à un dénuement absolu et il tenta de se brûler la cervellè. La balle qui l'épargna lui enleva un œil ; mais elle appela sur lui l'attention d'autres disciples, qui rendirent moins pénibles et plus fécondes, les dernières années de la vie du grand homme encore méconnu. Ces vaillants, dont le nombre grossit rapidement après la mort du maitre, ont presque tous inscrit leurs noms sur les rocs de la Renommée.

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