La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LUNDIS SOCIALISTES 6ï7 Par là, les trois novateurs se montrèrent, avec raison, moins préoccupés de moralisme hypocrite, que de développement intégral de l'être humain et du bonheur de tous, en cela encore, ils furent franchement émancipateurs. (( A la barbe des Tartufes », pour nous servir de l'expression de l'un d'eux, Saint-Simon proclama la nécessité de la réhabilitation de la chair; Fourier épuisa contre la prétendue morale de l'égoïstique bourgeoise des traits acérés d'une critique meurtrière et Robert Owen, matérialiste conséquent, osa imputer les iniquités, les souffrances de la société contemporaine à cette société elle-même et indiquer comme remède une responsabilité sociale efficace. Là ne s'arrêtent pas les ressemblances. Un même profond amour -des faibles et des petits signale les trois maitres à la reconnaissance des hommes, à l'admiration de la postérité. Louis Reybaud le reconnait lui-même dans ses Eludes sur les rifor- .mafeurs on socialistesco1Ztsmporai11s. Dans les moindres details de ces idéologues se rCvèle cette affection profonde pour -ceux qui souffrent. Dans l'échelle des contentements qu'il promet, Charles Fourier prend toujours pour mesure les be~oins de la masse : En vivres, en vêtements, en satisfactions de toute nature, dit-il, le simple travailleur aur:i dans son monde le sort d'un roi dans le nôtre. Rien ne sera assez beau, assez parfait, assez magnifique pour Jui; au lieu de glorifier l'abstinence et de conseiller la privation, Fourier laisse entrevoir, au contraire, un developpement nouveau dans les facultCs physiques de l'homme afin de les mettre en rapport avec le raffinement et l'abondance des productions futures. 11va jusqu'à dresser le menu des repas populaires et il y procède avec une prodigalitC merveilleuse. La table, l'Cducation tout est chez lui a peu près commun; mais pour emporter les choses de haute lutte, il élève sur le champ le bien-ètre le plus vul- _gaire au niveau de jouissances les plus exquises. Ainsi personne n'y perd et chacun y gagne. Selon ce peu favorable historien du socialisme, il en est de même -de Saint-Simon et de Robert Owen. Citons encore : S1int-Simon est plus grand seigneur; il veut le gouvernement religieux des intelligences, mais il dècJare que sa thëocratie s'occupera avant tout du sort de la -classe la plus nombreuse et la plus pacv, e. Robert Owen ne demeure point en arrière, il reconnaît à tous un droit uniforme et ne distingue ni entre les capacités ni entre les .fortunes, ni entre les aptitudes corporelles. Les travailleurs le préoccupent vivement. ~lanufacturîer, il a vu de près leurs mines et il les secourt dans la mesure de ·st:s ressources. Thëoricien. il constate les dcsastres de la vie industrielle, ballotée entre --unestagnation et une activitC intermittentes; il s'inquiète des froissements issus de J'invasion des machines et suit avec une anxiété douloureuse les progrès de ce paupCrisme qui menace de dëvorer la Grande-Bretagne. Chez ces trois homl'nes, il y a donc un Cnergiquc instinct de tendresse pour la partie la plus malheureuse <"tla plus déshéritée des générations humaines. Qu'ajouter à cet éloge d'un adversaire?

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==