La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

DIVERSITÉ DES TEXDAKCES DAKS LE )!OU\ E~!EXT SOCIALISTE 669 croyances vraiment collectivistes. Il ne faut pas se figurer qu'un tel ré~ultat est entièrement atteint quand les masses élisent des dépuUis socialistes. Ceux-ci, en effet, déclarant la guerre à la sociHé capitaliste et par cela même, aux patrons, peuve11tparfaitement ne devoir leur élection qu'à cette raiwn d'antagonisme. L'ouvrier voit alors dans le socialiste qu'il élit un homme dont les intérêts sont opposés aux pouvoirs du patron et se confondent par conséquent avec ses intérêts propres. Mais cet ouvrier peut très bien ignorer en même temps, cc qu'est une société collectiviste, et le rôle qui lui serait attt·ibué dans cette société : si on lui présentait de telles perspectives, il pourrait bien ne pas croire à la possibilité d'un pareil avenir social. Je ne veux pas dire qu'il faille détailler dans ses moindres parties l'organisation collecti vistP.future; cela n·aurait rien de pratiqtH', car les th{•oriciens collectivistes eux-mêmes ignorent cc que les circonstances nouvelles créant des besoins nouveaux, feront des ch'>tailsde leurs théories. Ce qu'il faut, c'est ancrer dans le cœur des prolétaires des croyances et des sentiments profondément collectivistes; il faut les y faire pénétrer assez à fond pour que les anciennes traditions étant déracinées, ne puissent plus reparaitre sous leur forme habituelle de réaction. Le moment est propice pour qne les chefs socialistes d'observation entreprennent cette espèce d'apostolat. La bourgeoisie va, en effet, se raidir contre le mouvement ouvrier; harcelée de nouvelles demandes, apeurée des prétentions ouvrières, elle fera arbitrairement usage de son pouvoir et de ses forces. Lïncident de Fourmies n'est peut-être, hélas t que le prélude d'incidents plus douloureux. L'armée ouvrière devra de plus en plus resserrer ses rangs contre la coalition bourgeoise et il appartiendra aux chefs socialistes d'armer les militants, non pas comme le font les bourgeois, qui imposent le soin de les défendre aux jeunes gens rlu pays, dans les plus belles années de leur vie, mais comme doivent le faire une masse d'hommes qui tous ont à solidariser leurs efforts, en vue d'une cause commune. Et cette cause doit être assez vivement exaltée pendant la marche à la victoire pour qu'elle demeure ensuite le lien de la Communauté I La propagande socialiste a fort à faire dans cette voie; elle s'est déjà répandue considérablement en ce qui concerne la résistance à la bourgeoisie ; elle s'est bien moins préoccupée de l'initiation des masses aux tendances collectivistes. Il est rare que les masses voient réellement posée devant elle la nécessité de choisir entre la société capitaliste et la société collectiviste. Il faudrait que ce qu'a dit Lafargue à ses électeurs de Lille

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