La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

Dl\"ERSlTÉ DES TE:--DAXCES DAXS LE ~lOUYE~lE:-iT SOCl.\LlSTE ÛÜ7 imposer une entente sufiisante pour fonder une organisation sociale nouvelle, la plus grande difficulté consisterait ù rendre cette entente durable. Et cependant il est absolumrnt nécessaire qu'elle possède une certaine durée, si !"on ue veut pas que la nouvrlle organisation soit une simple étape vers un retour aux choses passées. Rien, en effet, ne facilite la réaction comme les dissensions entre les nouveaux maîtres d"u11esociété. Et la réaction elle-mème, à mesure qu'elle avance, accentue les divisions et rompt de plus en plus la communauté des tendances révolutionnaires. Aussi l'influence dissolvante de la réaction porte-t-elle une forte atteinte à l.1cause des monvemants révolutionnaires et on ne peut manquer de la redouter pour !"unité du mouvement prolétarien. C'est pour ce motif qnr. le socialisme doit plutôt se garer de la révolution violente, les réactions n'étant que trop accon tumées à guetter les ré vol ntions prématurées età les détournrer.Si !"expérience de l'histoire ne suffit pas à prouver quïl en est ainsi, les raisons ne manquent assurément pas pour nous édifier à ce sujet. Les explosions rfvolnt10nnaires en effet, porteut l'existen0e sociale à une telle tension que !"homme s'en trouve vite fatigué ; car il faut se rendre compte qu'une révolution n'est pas chose faite, après un simple changement de personnes, c'est-à-dire quand certaines geus ont pris !a place d"autres gens, mais qu'elle se trouve surtout accomplie par une masse de transformations dans les habitudes, les croyances, l'administration générale des choses d'une société. Ainsi, quoique la bourgeoisie remplace maintenant, comme élément social, la noblesse de l'Ancien régime, la vie bourgeoise ne représente nullement la vie de !"ancienne noblesse. Une révolution a donc un labeur énorme à effectuer, et. si' cette révolution a éclaté avec une violence subite, comme dans le cas que nous supposons, il faut un long temps avant que le nouvel ordre social n'apparaisse et 11eprospère dans le calme: tout n'est pas terminé avec la lutte ù main armée, la situation révolutionnaire se prolonge fatigant le peuple, le paupérisant et pouvant le liner à la réaction. Il a peine a supporter le poids d'une lutte constante entre les habitudes traditionnelles tout d'un coup dérangées et les nouvelles transforqiations tendaut à se faire jour. Or cette lutte est inévitable, car la révolution ayant éclaté subitement, d'une façon complète, la semence des nouveautés à éclore a germé tout à coup avec une extrême énergie, au lieu de croitre naturellement sur les anciennes coutumes. Il y a donc conflit entre les usages enracinés et les tendances nouvelles, conflit où les nouveautés de la jeune société n'étant plus

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