La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

666 LA REVUE SOCIALISTE gramme de réformes à accomplir dans la société actuelle; programme que plusieurs journaux radicaux de différents pays n'ont pas désavoué: Lois protégeant les ouvriers, impôt progressif sur le revenu et Je capital pour couvrir autant que possible les dépenses publiques. Impôt progressif sur les successions suivant l'importance de la succession et le degré de la parenté. suppression de tous les impots indirects ... etc. On ne peut nier que l'application de ces desiderata produirait, sou~ le régime capitaliste, au lieu d'une augmentation, une diminution de la misère ouvrière. De telle~ réformes ou des réformes analogues pourraient être votées par des parlements, où progressistes et socialistes formeraient une majorité. Nous envisagerons tout-à-l'heure, une semblable marche des évènements, quand nous étudierons les victoires partielles du prolétariat. Si la société bourgeoise s'acharne au contraire à maintenir debout l'ensemble de ses privilèges et à n'accorder aux ouvriers qu'une protection de surface, et que sous l'aveuglement de la classe possédante, la classe productive voit ses droits et ses revendications continuer à être méconnus, alors le besoin de réformes sera tellement exaspéré, que par la secousse d'une révolution violente, il déterminera le renversement de l'ordre établi : réformistes dont les demandes auront été étouffées, marxistes désireux d'une commotion subite se prêteront une aide mutuelle pour retourner d'un coup la société. La révolution sanglante aura été dans ce cas absolument nécessaire pour permettre au travail de pousser son cri de victoire sur lf' capitalisme, Mais nous allons voir que cet.te rl!volution victorieuse.procurant aux prolétaires une victoire subite, au lieu d'une victoire graduellement gagnée, ne sera pas exempte de dangers pour la consolidation de leur triomphe. En effet, la victoire tout d'un coup complète de la classe productive sur la classe possédante transformera subitement les non possesseurs en possesseurs et leur imposera,sans préparation antérieure,la distribution et la gestion de ce qu'ils auront acquis. Un changement aussi absolu dans les rôles, accompli avec une telle brusquerie,créera forcément une situation compliquée: les difficultés tiendront surtout aux divisions qui apparaitront. Tant que la lutte est obligatoire en effet, une commune entente l'est aussi, mais quand après la victoire, il s'agira de rassembler suivant un plan commun d'ordre social nouveau, les matériaux nombreux et divers de l'ordre social ancien, la diversité des tendances et des besoins, a beaucoup de chances de se faire jour. Si même on parvenait à obtenir ou à

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