La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LES ORIGINt:S DU SOCIALIS~IE ALLE~IAND 655 leur antre, mais y ont été traînés à reculons par la queue, afin que leurs traces puissent déjouer les recherches et faire croire .qu'au contraire les bœufs ont étê emmenés. De même les usuriers espèrent aussi pouvoir abuser et duper le monde, comme s'ils donnaient des bœufs au monde, c'est-à-dire beaucoup d'avantages, et prodiguaient les plus grandes utilités, lorsque au contraire ce sont eux qui accaparent tout pour la satisfaction de leurs voraces appétits. - Mais, dit !"usurier, je ne prête pas d'argent aux pauvres et aux indigents, mais aux riches qui ont de trop; donc je ne cause la perte de personne. - Je t'en prie, très perspicace, très flu usurier, très ingénieux et très délié meurtriP,r, afin de mériter d'entendre ma réponse à ton objection, dis-moi à qui tu nuis, à qui tu causes du dommage, qui tu lèses, qui tu opprimes surtout, sur qui tu pèses de préférence quand tu exerces ton métier? N'est-ce pas aux plus humbles, aux plus pauvres que tu es le pins à charge; ce sont eux qui sont le plus lésés, les plus opprimés, eux qui, gràce à tes exactions, sont réduits à un tel dénuement qu'ils ont à peine une obole, une croûte ou petite bouchée de pain, tandis que, gràce à tes manœuvres, les prix de toutes choses sont enflés, les comestibles, les boissons et tous les objets de première nécessité sont vendus très cher. Est-cc que, poussés à toute extrémité, ceux-là ne sont pas foreés, pour satisfaire l'usurier, de vendre leur maison, leurs champs, leur ferme et tous leurs bieus et parfois même leurs propres enfants. A Rome, à Athènes et dans les autres cités, lorsque des citoyens accablés d'intérc.\t à payer, devenaient la propriété des usuriers,sur qui,je t'en pric,retombait le préjudice? Quels étaient les plus frappés, sinon les plus faibles? Ils avaient la possibilité -dequelques moyens d'existence, mais !"usure leur a tout consommé, tout dévoré jusqu'à leur propre personne tombée dans l'esclavage. Le diable te doit peut-être quelque obligation pour nP-pas mettre à nu les indigents et les plus nécessiteux. Cepen- -dant comment dépouiller ceux qui n'ont rien? l\ous n'ignorons pas que tu ne prêtes pas ton argent à ceux qui sont absolument dépourvus de tout. Tes manœuvres réduisent pourtant à la mendicité les riches et ceux auxquels il reste encore quelque chose. Tu es en ce monde un dieu si grand. si puissant, que tu peux abaisser les riches au rang des pauvres, supprimer toute différence entre eux. Enfin.combien de pères de famille n·ont pas ou ont à peine une pièce d'or par semaine pour nourrir eux et leurs nombreux. enfants, combien sont-ils ceux auxquels leur travail ne suffit pas à l'acquisition du pain quotidien, car ton avarice est la cause du renflement des prix, de la trop grande cherté de toutes choses.

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