652 LA REVUE SOCIALISTE justice, non pas dans le5 espaces vides et glacés de la mort, mais dans la vie elle-même, et dont la foi embrasse le monde tout entier dans un immense désir de justie. Dès les premières prédications de Luther, le peuple allemand tout entier, toute la plus misérable populace de l'Allemagne se prit ardemment à désirer et à espérer l'avénement d'une justice parfaite même sur cette terre. Elle frappait surtout de sa haine farouche les usuriers. Luther avait envoyé à tous ses porteurs son libellé sur les usures, afin que partoutils condamnassent le prèt à intérêt et invitassent les usuriers à la restitution. Je sais bien qu'à ses origines l'Eglise avait protesté contre l'iniquité du prêt a intérêt et infligé de sévères condamnations aux lalques comme aux clercs, que dans la Somme de St.Thomas une scrupuleuse et judicieuse argumentation requiert contre l'iniquité et les abus désastreux du prêt à intérêt. - Mais dans le livre de Luther apparait quelque chose de nouveau et d'inédit. La véhémence de ce pamphlet si populaire ed telle que !"on semble y entendre les vociférations de la multitude accablée de souffrances, et qu"il annonce moins un théologien qu'un socialiste et presqu'un démagogue. « L'usure est condamnée par les lois divines et humaines, et c'est pratiquer l"usure que de réclamer ou d'a0cepter quoi que ce soit pour le service rendu par le prêt à usage. C'est pourquoi, ceux qui, en échange d'un prêt, €xigen t cinq, six pour cent ou plus, sont des usuriers, et ces idolàtres méritent d'être appelés des adorateurs de !'Avarice, des sectateurs de Mammon. ». Ce texte et ce thème devaient être soigneusement inculqués au p!'uple par les pasteurs des églises avant ou en guise de sermons. Sans aucun prétexte, ils ne devaient omettre d'y insister, ni se laisser détruire cette proposition par des interprétations ou des objections. Ils ne devaient pas s'arrêter devant les clameurs de ceux qui s'écrieraient: Si les choses étaient ainsi, presque tout le monde serait damné, car il n'est presque personne qui ne veuille être indemnisé d'un service rendu. En effet, que pèse la cvutume du monde, quand elle fait obstacle au drnit, à l'équité et au verbe de Dieu! Qu'est-ce autre chose que l'injustice et l'iniquité, l'avidité et le penchant à tous les péchés et crimes? Et n'a-t-elle pas été répandue cette plainte que le monde est mauvais, qu'ildoitpérirpourfaireplace à la justice? Mais quoi, objectent les maitres usuriers, condamnez-vous le prêt à l'intérêt? Est-ce que, selon les circonstances je ne rends pas un grand service, un bienfait signalé en procurant à mon prochain l'usage immédiat de cent pièces d'or, à lii. <:ondition que le loyer m'en rapporte annuellement cinq, six ou <lix? Est-ce qu'alors mon pr.ochain ne se croit pas tellement mon
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==