La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA DÉPOPULA no:-. DE LA FRA :-(('E tH Le mal étant de sonrce purement morale, ne pourrait êtreguéri que par une amélioration de la moralité. Dans cc monde de l'aristocratie du nom et de l'aristocratie d'argent, qui est le régulateur des mœurs du hon ton, du bon goût, et sur lequel petits bourgeois et petitt'S bourgeoises lancent des regards d'admiration, de re pcrt inrnlontaire et d'envie, le mariage n'est guère qu'une association d'intérêts matériels ou de vanités. L'homme ne fait pas ou fait pC'1d1'enfants; parce que le souci d"une trop nombreuse progéniture compliquerait sa vie d'affaires ou de plaisirs; la femme, loin de désirC'r une série de c< maternités», les redoute, parce que de trop fréquentes grossesses, vieillissent et déforment; parce que généralrment la femme aristocrate est élevée dans des mœu1•:5,des goùls, des. idées, qui lui font considérer la Yie de ménage a,·ec une couvée d'enfants, romme une chose ridicule, prcsqur honteuse; parce qu'avant de se devoir à son mari (qu'elle a le plu::; souvent épousé sans le connaitrr, et qu'ellr ne connaît guère pins après) une femme dite du monde Sf' ctoil à sa société. Sa maison, ce • n'est pas le foyer intime, chastement caché à tous les regards, ou deux èlres qui s'aiment abritent lrurs carrsses: c'c ·t un hôtel (et, le mot est vrai, à la lettre) ou vert nuit rt jour à la foule des passants (des pa sants du «monde», bien entendu). Sa viC'?· mais elle est plus remplie et plus occupée que celle d'une misérable. Promenades obligées, vi ites obligatoires, affaires <le toilette, fêtes, concert , bals, théàtrcs, saison des courses, saison des eaux, saison de chassr, saison d"hiver; la femme du monde a beau prendre sur les nuits pour allonger los jours, c'est à peine si elle arrive à bout de son épuisante besogne. A peine a-t-elle le temps de dormir quelques heures, et vous voudriez qu'elle songeàt à avoir des enfants? Los pauvres peLits I que deviendraient-ils au milieu de tout cc désordre? Tout récemment, mourait une charmante femme, une de nos plus rcmarq uables actrices de la Comédie Française, mariée depuis quelques années. Dans les oraisons funèbres en style de reporters, publiées par les jour11aux parisiens (rt'.•publicains ou conservateurs, ils étaient tous d'ai:cord) quel était le trait saillant, relevé comme exceptionnel, extraordinaire à la louange de la pauvre morte? C'est qu'elle adorait ses enfants et qu'elle en prenait grand soin. Dans une conversation entre femmes très honnêtes, petites bourgeoises et mères de famille, on causait de je ne sais quelle dame appartenant à cettti aristocratie d'argent qui est aujourd'hui notre classe dominante.

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