La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LES ORIGINES DU SOCIALIS)IE ALLE)Ll.:'iD 613 US PREMIERS ~INEAMENTS DUSOCIALISME ALL MAND CHEZ LUTHER, KA!\"T1 FICHTE ET fIÉGEL. I. - LUTHER. Kous savons à la vérité que le socialisme allemand n'est pas une philosophie pure et contemplative; il lutte et combat pour abattre les fondements de la société civile actuelle. Ce n'est pas seulement une doctrine, mai:; encore un parti dans l'Etat. Mais la philosophie elle-mème revêt parfois des dehors belliqueux, fourbit ses armes et se mêle au combat politique; elle ne regarde pas seulement le ciel, mais aussi la terre. - Si Socrate a fait descendre la philosophie du ciel, le socialisme en a fait descendre la justice; c·est-à-dire qu'il cherche dans la région cc des idées» des vues pratiques pour l'arrangement de cette vie terrestre. - Fichte, Lassalle, Marx; Schroffie furent à la fois des précurseurs et des maitres. Eu pénétrant le socialisme allemand, on y trouve incluse une philosophie. Celle-ci prétend qu'il y a dans l'histoire et l'économie politique une certaine dialectique qui change les formes de$ choses et les relations des hommes. - Elle définit la liberté, non pas comme une abstraite faculté de pouvoir -choisir entre des contraires comme une hypothétique indépen- -<lancede chaque citoyen pris individuellement, mais comme la véritable base de l'égalité des hommes et de leur communion. Enfin, cette philosophie ne poursuit pas un fan tome céleste, une vaine image de justice séparée du monde et de l'ordre naturel des choses; elle exige une justice matérielle mêlée aux choses elles-mêmes et s'appuyant sur elles. Au socialisme allemand tient donc une solide doctrinr. dialectique du devenir universel, .de la liberté humaine, de la Nature et de Dieu. Il 11'est pas nécessaire, pour saisir exactement le lien du -socialisme et de la philosophie allemande, que nous embrassions toute l'histoire de cette philosophie; il suffit que nous interrogions ces hommes qui ont pour ainsi dire façonné le génie et la pensée allemande. Ce ne sont pas, en effet, les talents médiocres .et inférieurs qu'influeut sur les (•vènements et les cours de

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