La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

58 LA REVUE SOCIALISTE diminurr ses revenus ou ses jouissances en augmentant ses charges. « Tantôt on agit en vue de ses héritiers; on redoute de priver l'unique enfant, ou le petit nombre de ceux qu'on a déjà, d'une partie de la succession. On ne veut mettre au monde que des hommes aisés, heureux, on le croit du moins, et qui ne soient pas expose'•~à déchoir de la situation où ils sont nés. « Tel est le calcul qu'on ne craint guère d'avouer et qui ne saurait ici s'appuyrr sur l'indigence. « Ce sont les moins pauvres en effet qui se livrent à cc calcul. L'homme avec ses facultés, avec tout ce qu'il porte en lui de forces productives naturelles ou acquises, a fini par s'effacer devant l'idée prépondérant€' de la propriété matérielle. » De son côté, ~J. le docteur Lagneau, dans le mémoire déjà cité, écrit : " La fortune et la situation sociale semblent influer sur le nombre des enfants procréés. Depuis longtemps, on a observé que les familles riches ont moins d'enfants que les familles pauvres. Récemment, à Kew-York, on remarquait qu'en dix années, 300 familles riches de la cinquième avenue n'avaient eu que 91 enfants, alors que 300 familles pauvres de Cherry-Street en avaient e11 660. « En 18ï2, recherchant le nombre d0s personnes composant les familles de diverses situations sociales, exerçant différentes professions, j'ai reconnu que les familles sont beaucoup plus nombreuses chez les agriculteurs, que chez les industriels, que· chez les commerçants et surtout que chez les individus exerçant. des professions libérales. Alors que 100 familles de palrons agriculteurs sont composées de 353 personnes, 100 familles de patrons industriels et commerçants en comprennent ~98 et 273, et 100 familles d'hommes livrés aux professions libérales n'en présentent que 174. Ainsi les familles des agriculteurs sont doncd'un cinquième plus nombreuses que celles des industriels et des commerçants, et plus du double de celles des rentiers ou des. personnes vivant de professions libérales. • Enfin, M. Rouanetconclut: « La France ne fait plus d'enfants, parce que, d'une part~ l'instinct de la propriété, l'amour du domaine; de l'autre, les. charges multiples qu'impose une famille nombreuse ont répandu dans la population des villes et des campagnes les pratiques. malthusiennes de la stérilité volontaire. « Les calculs intéressés des ménages français sont inspirés par l'organisation de la propriété et des lois de succession d'une part; par la répartition des charges sociales de l'autre qui, en

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