La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LE SUFFRAGE TrNIVERSEL ET LA RÉVOLUTIOX SOCL\LE 585 C'était, je crois la pensée de Quinet. C'est la doctrine de la IJOlitique positive. D'ailleurs, ce qui fait le vice el la faiblesse du suffrage universel, je l'ai déjà indiqué, c'est le vague et l'indétermination forcés du mandat donné par l'électeur à l'élu. Dans le système parlementaire actuel, les Chambres absorbent tout le pouvoir législatif, et tendent à absorber, par leur ingérence constante, le pouvoir administratif et exé0utif. Elles dirigent à la fois la politique extérieure et la politique intérieure, et il n'est pas une question économique générale, ou même locale, qui ne doive leur être soumise. Pour donner un mandat précis à son élu, l'électeur serait obligé de posséder à fond toute la science sociale, dans son ensemble et jusque clans ses plus menus détails. Ne serait-il pas plus simple, plus vrai, plus conforme à la réalité des choses. de décentraliser le suffrage universel, en restituant aux commune~. aux cantons leur pleine autonomie administrative; et en ne réservant aux Chambres que les questions qui, réellement, concernent lïntérèt général, les questions de politique extérieure et le vote du budget, réduit aux chapitres du gouvernement, de la défense nationale et de l'instruction publique? Xe serait-il pas possible dïntroduire le Teferendum dans notre mécanisme législatif. afin de débarrasser le Parlement des questions irritantes qui l'obsèdent et qu'il ne peut ni écarter, ni résoudre ? Dès lors, restreint à la fonction normale de voter le budget et'.de surveiller l'administration publique, dégagé des questions politiques pures grâce au referendum, le Parlement pourrait -0tre considérablement réduit dans son personnel. Là où, actuellement, 876 législateurs. siégeant huit mois de l'année, entassent des montagnes de discours sur des montagnes de projets, et n'aboutissent jamais à rien faire qui vaille, quatre-vingts ou cent députés, deux ou trois cents dans le cas d'institution des deux Chambres, urbaine et rurale, réunis pendant un ou deux mois chaque session, accompliraient assurément une meilleure besogne. Dans le régime actuel, en effet, le trop grand nombre des mandataires, la trop longue durée de leurs session;; ont pour conséquences: la confusion, l'incohérence, la stérilité du travail parlementaire. La responsabilité précise, saisissable, de chacun se perd dans la responsabilité légale, mais illusoire d'une collectivité trop grande. Le représentant, obligé d'abandonner sa profession réelle pour se consacrer exclusivement à la vie poli-

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