La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

Z>l8 LA REVC:E SOCIALISTE le pri\'ilègr cle l'argent; cette inégalité, cette iniquité, que faudrait-il pour qu'elles disparussent? Tout simplement que l'exercice du droit électoral, qui est gratuit en théorie, le fùt aussi rn fait, c'est-à-dire que toutes les can<lidalurrs pu:,sent se produire librement- les communes pour les l'.·lcctionsmunicipales, les départements pour les élections aux conseils !rénéraux, l"Etat pour les élections législative fourni5sant gratuitement lrs locaux de réunion, lïmpression et 1·amchagc des profcs ions de foi, les bulletins de vote. eu un mot faisant tous les frais réguliers, indispensables,- toute autre publicité pcr,-on:iellc étant interdite aux candidats. De cette façon l'égalité de droit c trouve complétée par l'égalité de fait, et l'exercice du droit de suffrage, pour l"éligible comme pour l'électeur, cessera d'ètre une illusion. J'entends l'objection qui peut ètre faite con trc cette réforme. L'accès aux candidatures étantainsiouvcrt gratuitement à tous, on v0rra surgir une floraison tropirale de candidats cxcen triques, n'ayant aucune espèce de titre à sr présenter. Cc sera un fouillis, un tohu-bohu grotesques, qui ne feront qu'égarer darnntagc le suffrage universrl: une vraie foire électorale . .\lais ne pourrait-ou ét.'lblir que, pour :woir droit à la gratuité, le candidat dcnait être préalablrment présenté par un certain nombre d'élrcleurs inscrits, garan tissan l, par leur signature, le caractère sérieux de la candidature? Ce ne serait, en somme, que la régularisation de ce qui se passe de uos jours, ou les candidats sont toujours présentés, appuyés rar drs comités recrutés n'importe comment, sans responsabilité, cl presque toujours anonymes . .\Iettez, 1l'aille11rs, le nombre que vous voudrez : le tre11tième, le ,·ingtièmc <leces électeurs. En quoi cette sorte de suffrages ù dcnx degrès blesserait-clic la justice? Piètre remèùc, dira-t-on. Sans doute. En tout cas, remède qui ne pourrait faire aucun mal,s'il ne faisait pas un peu de bien, et qui, sans conLrnùit, contribuerait à relever le suffrage, et ë~ lui donner un peu plus d'air, un peu plus de lumière, un peu plus d'égalité, un peu plus de sincérité. Ne serail-il pas également plus co11formc à la situation réelle des esprits, en France, d'instituer, à la place de la Chambre et du S.'.lnat actucb, dont rautagonisme ù la fois pnéril et savant ne répond à rien et ne fait que créer ou en lretenir la confusion, l'anarchie et l'inertie parlementaires, deux Chambres, l'une rurale, l'autre urbaine, assurant ainsi aux villes et aux campagnes leur représentation directe, et réalisant dans le pouvoir U•gislatif l'équilibre entre ces deux grandes forces qui, aujourd'hui, ne tendent qu'à s'annihiler mutuellement?

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