5i8 LA REYIJE SOCIALISTE partant vaillr, en qnalit{•, autant que l'opi11ion d'un bourgeois, artisan ou ouvrier de grande ville. On ne fera jamais que l'opinion d'un citoyen ignorant soit aussi recommandable que l'opinion d'un citoyen instruit. C'est comme si l'on disait que pour juger des couleurs, un aveugle est aussi compétent qu'un homme qui a deux bons yeux. Or, sur douze millions d'électeurs, combien :r en a-t-il qui soient en état dr comprendre la différence qu'il y a entre une république et une monarchie, à plus forte raison de comprendre la différenc0 qn'il y a entre la politique opportuniste et la politique radicale? C'est cependant à ces électeurs que l'on pose des questions de haute politique gouvernementale. C'est à ces électeurs, dont les trois-quarts avent à peine ce (_iUC c'est qu'une Constitution, qu'on demande s'ils veulent qu'on la rérise. C'est à eux, dont les deux-tiers an moins ne connaissent que de nom - et encore! - ;,L de Freycinet, .YI. Constans, M.Clémenceau,qu'on demande s'ils préfèrent celui-ci à celui-là. Autant vaudrait poser des rébus à un lapin, ou parler chinois à un cultivateur de la Lozère. Les questions sont fallacieuses; les réponses sontincobérentcs. Le suffrage universel dit blanc ici, noir hl.,gris ailleurs. Au fond, les électeurs ruraux - qui sont la majorité - votent pour ou contre celui qui se présente, selon qu'ils l'apprécient, selon qu'ils espèrent qu'il leur fera obtenir telles ou telles faveurs pour leur commune, ou selon qu'ils le considéront parce qu'il est riche. Aussi, généralement, préfèrent-ils un homme (< du pays» à un candidat étranger, estimant beaucoup plus la situation personnelle de l'éligible que ses opinions politiques. Dans les villes, c'est le contraire. La situation personnelle du candidat, sa moralité, son intelligrnce, importent moins aux yenx de l'électeur, quo le parti politique dont sa candidature se recommande. Ainsi, d'une part, on choisit le mandataire sans s'inquiéter du mandai qu'il aura à remplir; et d'autre part, on se prononce pour ou contre telle ou telle formule de mandat sans s'inquiéter de savoir si celui qui s'engage à la soutenir sera en état, physiquement, intellectuellement ou moralement, de la défendre et de la faire prévaloir. De part et d'autre, il y a un suffrage incomplet et boiteux. Car, pour confier utilement un mandat à quelqu'un, il faut que le mandat soit bien net et défini, ei aussi que le mandatail'e soit capable et sûr. En résumé, pour que le suifrage uuiyersel soit un souverain /
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