La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LE SUFFRAGE U:s'lYERSEL ET LA Rl::YOL\;TlOX SOClALE j,i cl:1m6 rurgencc des réformes sociales nécessaires. Yoil:'t nlus de trente ans que les usines léf!islatives fonclionnent à toute vapi'ur, consommant annuellement des quantités prodigieuses de discours et de projrts. Qnellc est la réforme érieuse, réelle, qui ait a\Jouti? :'\i la décrntralisation administratiYe, ni la ré\'i,ion do lïrnpôL. ni r;on qui ait modifié en quoi que cc soit l'orf!arli$ation (< chaotique» (le mot est d'un des Pères dl' l'Eglise économique orthodoxr) d'un régime industriel et commercial, gr-ùce auquel le travail, la Yic de l'immense majorité des concitoyrns sont ù la merci de la fantaisie, de régoïsmr, de la cupidité d'une minorité de pins en pins restreinte dïndi\·i<lus. Sïl était chimérique d'espérer que cc ,rnffragc 11niYersel a\'cuglc et sourd pùt jamais ètre relevé, redressé; sïl était vrai que toujours et toujour;;, il ne dût jamais être que l'instrument puissant, mais grossier, des charlatans, aven tu ri ers, malandrins de la politique, et que ,;a seule fonction fùt Je donner une apparonce dr justice et de légalité aux mensonges et aux turpitudes du pouvoir qu'il consacre, je comprendrais q11equelqurs esprits rxaltés, mais épri de probité, de sincérité et de haute moralité . ociale, se demandassent sïl ne srrait pas préfét'ablc de couper au ras l'arbre qui produit de si détestables fruits. Resterait toujours la grosse qu<>stion: Le suffrage universel supprimé, par quoi le remplacerait-on? Et à cette question, je ne crois pas qu'il soit possible de faire une réponse satisfaisante. Le suffrage uniYersel est mauYais. Soit. Il n'y a qu'une chose à faire: c'est raméliorer. An fond, qu'est-ce donc qur lr suffrage universel? Est-cc une de ces puissances mystiques auxquelles il nous soit interdit de toucher, dont nous dussions subir la loi sa11sessayer jamais de la modifier? Le suffrage uniYe1·sel, c'est nous tous, el c'est chacun de nous. C'est cette foule d'hommes réunis en société, mais ayant chacun son intérèt particulier, vivant sa vie personnelle, ou s'élevant tout au plus à la vie de clocher; instruit plus ou moins. exactement des événements politiques ou économiques dont il ne saisit que très vaguement la portée générale, parce qu'ils ne l'affectent qu'à travers une série de répercussions extrèmement compliquées. Tant vaut l'homme, tant vaut son suffrage. On a. eu beau décréter, on a beau affirmer la souveraineté du peuple, on ne fera jamais que l'opinion d'un pàtrc drs Alpes, sur les choses politiques et sociales, soit aussi informée, aussi documentée, 37

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