La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE locaux qui se disputent, se combattent et s'entravent mutuellement. C'est au point de vue intellectuel et moral, la représentation des préjugés, des haines ou des appétits qui divisent en tr'elles lPsdiverses classes sociales, ou même qui divisent chaque classe en groupes antagoniques. Il suffit de suivre une campagne électorale, ou l'on voit les candidats et leurs comités se couvrir réciproquement d'injures grossières, s'accuser les uns les autres de toute sorte d'infamies, faire appel non point à la raison, au sang-froid, à la sagesse des électeurs, mais poùrsuivre à l'envi la noble tàche d"exciter leurs méfiances et leurs colères, remuant ce qu'il y a de plus bas et de plus vil dans lei; instincts des foules; où s'étalent et s'affichent les mensonges les plus audacieux, les plus extravagantes promesses, pour comprendre que les suffrages obtenus par de tels procédés ne sont pas les suffrages d"hommes conscients et libres, mais ceux d"hommes égarés, excités, trompés, qui votent sous l'impulsion irréfléchie de sentiments excessifs, contradictoires et généralrmentfactices. Dans ces conditions, Proudhon a eu raison de dire que « le suffrage universel est une loterie>>. Loterie dont les bons numéros tombent au hasard, aujourd'hui dans les mains de Pierre, demain dans les mains de Paul; loterie suspecte, d'ailleurs, dont les gouvernants, peu scrupuleux par nécessité, tiennent les roues, et dont ils règlent, dans une certaine mesure, le mouvement. Ainsi vicié et corrompu dans sa source, le suffrage uni verse! ne peut produire que ce qu'il produit: une représentation viciée et corrompue. Tous les quatre an,, les masses électorales secouant leur torpeur, se réveillent. Une sorte de fièvre politique agite les esprits. De toutes parts on se dit: « Cette fois, c'e5t pour de bon; nous allons nommer des députés qui vont - ils nous l'assurent, ils nous le jurent - s'atteler résolument aux réformes nécessaires». Et cette f◊is-là, c'est comme les autres fois. A une Chambre incapable succède une Chambre inerte. Les représentants ont pu être remplacés, ils sont toujours les mêmes. Et pourquoi changeraient-ils, alors que ceux qu'ils représentent sont toujours les mêmes électeurs, avec leurs ignorances, leurs vues fausses ou étroites, leurs passions, leur égoïsme, et leur insouci de toute préoccupation véritablement sociale? Cette impuissance constitutionnelle, cette stérilité organique du régime parlementaire éclatent aujourd'hui à tous les yeux. Voilà bientôt un tiers de siècle que les politiciens ont pro-

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