La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LE SUFFRAGE UNIVERSEL ET LA RJ'.:VOLUTION SOCIALE 5î5 Ainsi, soit parce qu'ils sont hors d'état de subvenir aux frais immédiats qu'e11traine une élection, - surtout une élection législative; - soit parce que, grâce à la loi d'airain du salaire et à la non-garantie de leur droit effectif au travail, ils sont tous sous la main, sous la dépendance, à la merci des patrons, les salariés sont, en général, et sauf quelques fort rares exceptions de lieu, de circonstance ou de situation, privés du moyen de se faire rPprésenter directement par un des leurs, dans les Assemblées électives, et notamment au Parlement, De là, cette double conséquence, que sur quatre millions d'éligi bics en droit, il n·y a peu t-ètre pas 500,000 éligibles en fait; c'est-A-dire que toute l'immense classe des salariés, des artisans, des petits commerçants, de tous ceux qui vivent au jour Je jour, ou it peu près, de leur travail ou de leur industrie est, par le fait, exclue de toute représentation directe. Le « Silence aux pauvres» de Lamennais n'est pas plus une fiction sous le régime électoral do 1891 qu'il no l'était sous cclu i de 18 IO. Sont seul:, éligibles, ou à peu près seuls, parce que seuls ils peuvent faire œuvre de candidats: les riches - un Bischoff,,heim ou un .\fary Raynaud, la qualité importe peu - auxquels leur fortune permet de se pa 'Ser la luxueuse fantaisie do briguer un mandai législatif; et les politiciens do profession, c·est-à-dire cette tourbe de décla sés, do ratés, de parasites qui tourbillonnent autour du gouvernement, comme des mouches autour d'un plai; candidats agréablcs,domestiques ministériels, bounes ;~ tout faire du Palais-Bourbon, dont l'éleclion est couverte par les fonds ecrets, et avec lesquels un pouvoir habile sait se constituer une majorité disposée ù satisfaire tous ses désirs, à subir toutes ses volontés, à amnistier toutes ses turpitudes. C'est ainsi que le suffrage universel, loin de recruter une représentation do plus on plus intelligente et bonnète, se dégrade, do période en période, dans une reprl'.•sentntion de plus en plus médiocre et avilie; que les hommes de cœur, d'esprit ou de con ,·iction s'écartent do plus en plus des fonctions électives, qu'il faut acheter au prix de trop de dégoûts ou de trop do servilisme; et que le parlement, sorte de Bourse où s'agitent los spéculateurs sur la politique, n'est plus que la parodie abjecte ou ridicule d'un véritable régime représentatif. En ré umé, le suffrage universel, tel qu'il est organisé, co n'est jamais, au point de vue politique, qu'un parti, une coterie .au pouvoir ; c·est, à proprement parler, au point do vue économique, la représentation anarchique d'une foule d'intçrêts

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