562 LA REVUE SOCIALISTE taire, qui supprima toute la partie économique, de beaucoup la plus remarquable, n'a été imprimé intégralement q1Je de nos jours. Ce n'est donc que de nos jours que les socialistes ont pu rendre justice à cet éminent précurseur, à la destinée si étrange et aux prévisions si géniales. Après une éloquente et saisissante critique des maux engendrés par la propriété individuelle et qui dévorent l'humanité, Meslier conclut, avec une précision parfaite : « Si les hommes, dit-il, possédaient et jouissaient en commun des richesses, des biens et des commodités de la vie; s'ils s'occupaient, unanimement tous, à quelque honnête et utile travail ou au moins à quelque honnête exercice, et s'ils ménagaient sagement entre eux les biens de la terre et les fruits de leurs travaux et de leur industrie, ils auraient suffisamment bien tous de quoi vivre heureux et contents; car la terre produit toujours assez suffisamment et même assez abondamment de quoi les nourrir et les entretenir, s'ils faisaient toujours bon usage de ces biens, et c'est fort rarement quand la terre manque à produire le nécessaire à la vie, et aussi chacun aurait suffisamment de quoi vivre paisiblement, personne ne manquerait de ce qui lui est nécessaire ». Nous reviendrons plus en détail sur les plans politiques et sociaux de Jean Meslier; disons seulement que ses Comm1ma11téséconomiques ne le cèdent en rien aux meilleures conceptions des Moreily, des Mably, des Spense, ces plus sagaces réformateurs du siècle fécond, dont, dès 1690, le curé philosophe et socialiste avait désiré, pressenti et annoncé l'aboutissement révolutionnaire. XII.- MORELLY ET LE COMMUNISME AU xvm• S1ÈCLE. Apologie du XVIII" siècle. - E1mmiratùm des pla,is utopiques publiés de 1750 à 1780. - {Jy/orellv, sa rnpiriorili; analyse du « Code de la Nature». - les invectives de la Harpe, Je « Code de la Nature » /o,igtemps attribué à Diderot. - Comm1misme politique de Mably et de Spencer. Aussi riche de science et d'œuvres que soit notre XIX• siècle, le siècle du Philosophisme et de la Révolution française reste toujours le grand siècle, et il gardera justement ce titre, car, en même temps qu'un émancipateur de la pensée, qu'un briseur de privilèges et de servitudes, il fut un améliorateur de la nature humaine. ,, Le XVIII• siècle, dit avec raison un des doyens actuels du socialisme français, fut un siècle sympathique à la souffrance,enthousiaste de la vertu, avide de vérité et de justice. Nul siècle n'a été plus humain, il nous a donné
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