La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

55<1 LA REVUE SOCIALISTE En effet. la Cité platonicienne e~t divisée en quatre classes : 1 ° Les magistrats et l,es sag!s; 2• Les guerriers; 3• Les artisans, Ù!s laboureurs et les co111111erça11ts; 4• Les esclaves. Les deux premières classes pratiquent la co11Z11Z1tnacuotémplète, et, même chez les guerriers, les femmes sont communes. fi)' a ég.1/itéseule11Zentn, on colllmunauté absolue pour les travailleurs; les terres sont inaliénables, mais partagées périodiquement entre les. familles des laboureurs qui doivent les cultiver au profit de l'Etat. Pour tout le monde cependant: repas communs, éducation égale, vêtements uniformes, habitations semblables. Les enfants appartiennent à la société. Dans la troisième classe, le mariage est réglé à la manière samnite. Chaque année on tire au sort et chaque homme a la femme qui lui est attribuée; il la garde un an, après quoi le sort est de nouveau consulté. Un homme peut avoir ainsi (car la monogamie est de rigueur) 15 ou 20 femmes successives, de même, la femme, qui jouit d'ailleurs de la même éducation et des mêmes droits que les hommes, peut avoir quinze ou vingt maris successifs. Comme il importe pourtant que les mariages soient assortis, les magistrats usent de fraudes pieuses pour faire que le sort se prononce conformément à leurs vues. Les enfants sont élevés aux frais de la République et ne connaissent pas leur père. On trouve en tout ceci le mépris des anciens pour les sentiments intimes de l'âme humaine. Aussi comprenons-nous bien que les contemporains de Platon ne se soient pas inscrits en foule sur les registres de la République; mais non pas que toutes les réclamations des souffrants aient été repoussées par le patriciat spoliateur. Fermer la porte de l'espérance sur tant d'iniquités, c'était aller aveuglément aux catastrophes. Lucien, en ses Epîtres Saturnales, constata cette dureté oligarchique et propriétaire à sa manière, en faisant répondre par Saturne aux pauvres qui réclamaient contre l'inégalité des fortunes: (( Il est trop difficile de rectifier les destins filés par Clotho et les autres Parques. Résignez-vous, je dirai aux riches de ne pas trop abuser!! Les pauvres et les opprimés ne se résignèrent pas et ils allèrent avec les r_évolutionnaires d'alors, les premiers Chrétiens, et l'on connaît les suites tragiques de cet exode moral. C'est que, à chaque stade marquant de la voie ténébreuse et douloureuse que, en la teignant de son sang, elle parcourut péniblement, l'Humanité voit se dresser devant elle un sphinx autrement redoutable que celui dont Œdipe triompha aux portes de Thèbes. Il n'y eut pas d'exception pour la société antique, le monstre divin lui posa le terrible devines ou meurs, sous cette forme: (( Abolis l'esclavage, ferme tes cirques ensanglantés qui sont un

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