La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

318 LA RE\'CE SOCLILISTE moléculaires qui constituent l'évolution naturelle des corps physicochimiques non vivants. Nous voyons ainsi que la spontanéïté de la vie n'est qu'une abstraction par laquelle nous expliquons et impliquons que la fonction vitale nous semble se produire par elle-même, par sa propre force, et résulter d'une énergie, d'une propriété spéciale inhérente aux tissus vivants. C'est là, tout à la fois, de la métaphysique et de l'anthropomorphisme. C'est de la métaphysique en ce sens que nous voyons dans la spontanéïté, une entité, une cause active du fait biologique, alors qu'elle n'est qu'une résultante, qu'une expression de rapports et de séquences d'autres phénomènes dont l'ignorance seule nous cache le caractère et le mécanisme. C'est de l'anthropomorphisme parce que nous attribuons implicitement à la spontanéïté de la vie une sorte decaractère psychique, comme il est facile de le voir dans les écrits des Philosophes pour lesquels I'Ame du monde, la Conscience, la Volonté, l'Idée, représentent le fond de la nature des choses (Schopenhauer, Hartmann, Fouill~e). Pour saisir l'artifice et l'erreur de ces conceptions poétiques des choses. il suffit d'analyser l'idée, la volonté, la conscience, en leurs t:léments constituants, comme nous le verrons plus loin, au lieu de chercher l'Idée, la Volonté, la Conscience partout et en tout, il faut suivre la marche naturelle des choses dans notre connaissance et chercher comment la complexité et la mobilité croissantes des phénomènes moléculaires peut nous amener à comprendrela genèse du phénomène de la Conscience, de l'idéation, de la Volonté. Si nous nous en tenions au sens absolu du mot, nous devrions. entendre, par la spontanéïté de la vie, la propriété qu'ont les corps vivants de produire, sans cause extrinsèque, les phénomènes qui constituent leur vitalité. Au premier aspect, la fonction semble, en effet, se produire dans l'organisme, par le fait seul de la vitalité. Il semble bien, par exemple, et c'est là, en réalité, ce qu'on entend par la spontanéïté de la vie, qu'un être vivant vit par lui-même. grâce à la faculté qu'il a de renouveler incessamment ses forces, sa vitalité, par la nutrition. Mais cela revient simplement à dire que la spontanéïté de la vie se réduit elle-même au fait de la nutrition dont nous aurons à nous occuper plus loin. D'autre part, nous pouvons remarquer que la spontanéïté, dont on veut faire l'apanage exclusif des êtres vivants, ne nous offre réellement rien d'absolument spécial, et surtout rien d'essentiellement différent de ce que nous voyons dans la nature. C'est ce qu'avaient fort bien senti et exprimé les anciens en appliquant leur conception anthropomorphe de la vie à tous les éléments ; c'est aussi ce que nous retrouvons au fond de la conception de tous les systèmes de Philosophie, Partout, en effet, n,:>usvoyons la conception du monde aboutir à l'idée d'une substanceactive: substance,dite immatérielle,dans le spiritualisme,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==