La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

CONCEPTIO'.'< EXPi:RBIEI\TALE DE LA VIE 545 des propriétés essentiellement différente5 des propriétés physiques; les autres prétendent les réduire à de simples résultantes physico-chimiques ordinaires. li nous semble que dans les deux cas, la conception qu'on s'en fait est singulièrement dominée par le besoin de la thése que l'on veut soutenir. De là, de côté et d'autre, des: affirmations discutables et nullement confirmées par l'étude attentive des faits. Nous savons combien il importe, en science expérimentale, d'éviter des affirmations catégoriques et tranchantes et de n'oublier jamais que la théorie, que l'idée, doit toujoùrs se plier aux faits, et non les faits à la théorie ou à l'idée que nous nous en faisons. Aussi, tout d'abord, si nous pouvons remarquer ,1u'il est inutile d'insister pour montrer que les propriétés physiques et chimiques ordinaires de la matière se retrouvent toutes ici par l'analyse, s'il n'est plus personne pour prétendre que les propriétés physiques et chimiques de corps vivants telles que nous les constatons dans nos laboratoires sont essentiellement différentes des propriétés des corps physiques, nous ne devons cependant pas oublier que les phénomènes vivants constituent bien r<iellement des phénomènes distincts, mais nous ne devons pas plus les déclarer essentiellement distincts qu'absolument identiques aux phénomènes physicochimiques proprement dits. Sans doute la matière vivante nous offre en réalité les mêmes éléments chimiques que la matière brute: nous devons même ajouter que la composition chimique des corps vivants nous parait dépendre exclusivement de différences dans les agencements intramoléculaires bien que nous ne puissions pas toujours les constater, il n'en reste toujours pas moins à démontrer en quoi consistent ces différences et nous ne devons jamais oublier que l'analyse chimique ne peut se faire sur le vivant; par conséquent, nous restons toujours en face d'une dernière objection à laquelle la théorie chimique seule ne saurait répondre. Si, au contraire, nous appuyant s:.ir notre conception expérimentale ou synthétique du monde physique, nous commençons par remarquer la complexité croissante des phénomènes de la matérialité depuis l'état cosmique et physique, l'état chimique minéral puis organique, jusqu'à l'état organisé ou vivant, nous sommes tout naturellement portés à voir simplement dans les composés chimiques des corps vivants une sorte de stade plus élevé dans la hiérarchie de l'organisation, graduellement croissante en complexité, de la matérialité, et la chimie biologiqut nous apparait comme un complément, un corollaire, une dépendance de la chimie organique et minérale. De cette façon, la chimie vivante ne se confond plus avec la chimie ordinaire pas plus qu'elle ne nous apparait comme esse11tielle111e11t différente. C'est bien ce que nous montre l'étude chimique des corps vivants dans lesquels nous retrouvons les quatorze mèmes éléments qu·en chi{l1ieorganique et minérale, mais avec une combinaison spéciale de leurs affinités et un mode spécial de leur arrangement moléculaire de plus en plus com35

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