CONCEPTION EXP.ÉRDJENTALE DE LA VIE 543 semble bien avoir été fournie par le souffle de la respiration. C'est à force de constater que ce souffle (animus) cessait, s'envolait du corps toutes les fois que le corps cessait de pouvoir se remuer que les hommes ont été amenés à voir dans ce souffle la cause de la vie elle-même, -et, du même coup, à faire de ce principe de la vie, une chose légère, subtile, qui ne laisse pas de traces, qui paraît s'élever au ciel, l'àme {anima). Cette interprétation superficielle, aussi erronée qu'insuffisante, offrait précisément une simplicité mystérieuse qui devait très bien con- -corder avec les faits mêmes de la vie qui apparaissaient d'autant plus mystérieux, plus compliqués et plus inexplicables qu'on les considérait davantage. D'où l'habitude que prirent les anciens d'attribuer la vie à tous les grands phénomènes de l'univers et la tendance qu'ont toujours eue les hommes à voir dans la vie une cause active, animant tout ce qui vit. De là les créations de l'aminisme sous ses formes multiples, depuis l'aminisme simpliste et grossièrement anthropomorphe -des poétiques mythologies et des premières religions jusqu'aux conceptions les plus subtiles, les plus abstraites des religions modernes et de la philosophie métaphysique. Parmi les fervents qui croient encore de nos jours à l'essentialité de la vie, il en est bi~n peu qui se rendent compte dr l'origine modeste de la conception dont ils se font gloire et qui soient susceptibles d'arriver à comprendre que, en derniére analyse, l'idée qu'ils se font de l'àme comme principe de la vie, ne diffère pas sensiblement de l'idée que se fait l'enfant de la présence d'un diable ou d'une << bête » animant les formes bizarres des ombres produites par un jeu de lumière quelconque. Pour arriver à comprendre l'illusion, l'erreur de pareilles conceptions de la vie, il fallait les résultats des sciences biologiques sans les- -quelles il était impossible de comprendre le mécanisme de la production de la vie. Seulement l'idée de la substantialité de la vie nous a été si profondément inculquée que nous avons beaucoup de peine à en comprendre encore aujourd'hui ~oute la contradiction et l'inconcevabilité. Cela tient aussi à ce que l'idée de vie est intimement liée à tout un monde de vieilles idées qui constitue une sorte d'arche sainte à laquelle nous ne pouvons toucher sans réveiller tout un fond d'atavisme psychiqu<! dont l'inconscience a besoin d'être éclairée pour en calmer 1a révolte. Il en est vraiment de même pour ce qui concerne les proprrëtésvitales: il nous semble parfaitement inutile d'en faire l'histoire et de rapporter toutes les dissertations et divagations dont elles ont été l'objet et qui ont joué un si grand rôle dans le.philosophisme. A quoi bon, en effet, rappèler ce que pouvaient penser Aristote, Platon, et autres, sur la nutrition, la sensibilité et la pensée. Ce qu'il nous faut, c'est demander
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