512 LA REVUE SOCIALISTE l)ercevoir autre chose que les rapports et les différences des choses entre elles: l'existence de l'objet est réelle, mais son existence se réduit .à une notion de rapports, non de substance dans le sens scolastique. Si nous essayons de soumettre à l'analyse l'idée d'entité, de substantialité de la vie, nous voyons de suite l'impossilité de concevoir, -de définir cette substance. ce principe vital. Tout ce qu'on pourrait dire et tout ce qu'on a pu dire, en effet, c'est de définir ce principe vital comme étant ce qui donne la vie à tout ce qui vit. Mais ce principe vital ne peut être conçu lui-même autrement que comme une chose vivante, c'est-à-dire ayant les attributs ou propriétés de la vie, ce qui n'est que changer la quest:on ou reculer la difficulté. à moins de prétendre que le principe vital, âme ou esprit, puisse exister en dehors du phénomène qui constitue la vie, c'est-à-dire en dehors des conditions ,qui nous la rendent connaissable: ce qui est alors tomber dans l'inconnaissable, l'inconcevable, l'impossible. En somme, nous ne pouvons pas fajre que l'idée de vie n'impli- .que nécessairement tout ce que nous considérons comme caractérisant .;e qui vit pour le différencier de ce qui ne vit pas. Aussi, pouvonsnous justement remarquer que notre idée de substantialité de la vie sous la forme de principe vital, d'âme ou d'espr.it, nous est beaucoup moins venue du besoin réel de supposer un substratum à la propriété de vivre, ce qui logiquement devrait être la matière vivante, que de la façon toute anthropomorphe dont s'est développée l'idée même de vie. JI en a été de la vie comme de la matière: ce fut d'abord une simple expression employée pour distinguer ce qui vit de ce qui ne vit pas. Les hommes n'ont point eu d'emblée l'idée générale de la vie: ils ont d'abord remarqué des analogies plus ou moins superficielles, plus ou moins exactes, entre les êtres qui possédaient la faculté de se mouvoir. N'est-ce pas encore notre propre tendance d'attribuer la vie à tout ce qui remue? N'est-ce pas ce que nous constatons encore chez les animaux qui manifestent tous les signes de la crainte et de l'anxiété, devant un objet familier, habituellement inerte, auquel on imprime tout à coup une série de mouvements par un stratagème quelconque, invisible pour eux? Laissez un chien jouer avec un os, puis, au moyen d'une ficelle faites que cet os remue tout à coup: vous verrez presque infailliblement la pauvre bète avoir peur, s'enfuir, se cacher; faites, au contraire, le même simulaire avec un petit objet devant un jeune chat; celui-ci se mettra aussitôt à lui faire la chasse comme à une souris. La peur qu'ont les enfants, les simples, devant les ombres fantasmagoriques du crépuscule et des nuits sombres, leur effarement devant toute chose inconnue qui remue, sont autant de faits qui témoignent de notre tendance primitive à attribuer la vie à l'automatisme, au mouvement spontané. C'est la motilité qui a fait grouper ensemble les êtres animés de mouvements, mais la première interprétation de la vie
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