MO LA REVUE SOCIALISTE organique; partout la science nous montre les propriétés de la matière organique comme de simples résultantes de la matière physique; partout enfin les propriétés de la matière physique se réduisent à de simples expressions de rapports qui se conditionnent dans notre connaissance par les conditions même de notre perceptivité et cog11oscibilité; toujours nous persistons à supposer un substratum, une substance aux propriétés que nous constatons, comme si l'idée de substance << en soi » n'était pa~ contradictoire à toute connaissance et parfaitement inconcevable ( 1). On n'a pas idée du petit nombre de ceux, même parmi les savants, qui ont réussi à s'affranchir de cette conception ontologique et à se laisser pénétrer franchement par l'esprit scientifique et la conception vraiment expérimentale des choses. De là cette contradiction, étrange chez des savants distingués, entre leurs idées professionnelles scientifiques et leurs idées spéculatives ou philosophiques. Cela tient beaucoup à la spécialisation à outrance dans le domaine scientifique nécessitée par la multiplicité incessante des branches scientifiques et les conditions et obligations de la vie qui nous cantonnent chacun dans notre sphère professionnelle : li en résulte, d'une part, une concentration excessive de l'attention générale sur le détail et l'analyse, et, d"autre part, un oubli, une méconnaissance générale du caractère fondamental de la connaissance qui est la comparaison, la synthèse. C'est en effet une erreur de croire qu'une science peut se constituer intrinsèquement, sans avoir besoin de recourir à l'aide des autres sciences; c'est à peu près comme si on voulait soutenir que l'œil peut suffire à lui tout seul pour nous donner la connaissance du monde objectif sans que nous ayons besoin de recourir à nos autres sens pour compléter, contrôler ou confirmer ses données. Chaque science, chaque moyen ou procédé nouveau d'investigation scientifique constitue une sorte de sens auxili:iire et nous ne devons jamais négliger de comparer, de compléter, de contràler les données de ces sens auxiliaires les uns avec les autres, c'est-à-dire que nous devons rapprocher, comparer les diverses branches de nos connaissances si nous voulons acquérir toute la connaissance dont nous sommes susceptibles. C'est là un point très important qui répond d'avance à la prétention de ceux qui affirment que la conception de la vie doit être demandée exclusivement à l'étude de la vie, à la biologie, et à l'objection qu'on pourrait vouloir nous opposer en raison du caractère abstrait de généralisation que nous sommes obligés de chercher à notre cc-nception expérimentale de la vie. Mais cela tient aussi beaucoup à notre habitude de considérer nos abstractions comme des entités, comme des réalités substantielles ; nous confonLlons ainsi le signe avec la chose ; nous oublions que ( 1) Voir : Conception experimenlal, du monde physique.
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