THÉLfallTES DE RABELAIS ET IIAR~IONIE:-'S DE FOURIER 525 Une joie vrritable est attachée par la nature à tout acte productif, soit qu'il s'agisse de créer un pain, un fruit, une fleur ou un homme. Tout emploi normal de l'activité humaine engendre la joie et la richesse. Ce que nous appelons aujourJ·hui amusement: les jeux de toute espèce, billard, cartes, tric-trac et même les écl1Pcs paraitront bien fades et bien déponrvns de charmes â des 1-Iarinoniens accoutumés au travail attrayant, en compagnie de leurs pairs'et compagnons, ayant toujours un but utile et productif. Car telle est la sanction de tout action normale des hommes. L'utilité sociale, voilà la pierre de touche, qui permet de :reconnaitre le faux du vrai, l'activité trompreuse, propre seulement à faire p11sser le temps, de l'activité productive, passionnée, hygiénique, heureuse. L'une est menc;onge, l'autre vérité éclatante. Mâcher à vide n'a rien d·agréable et moudre de même est besogne répugnante. Elle est comparable à celle de l'écureuil tournant dans sa cage ou au supplice du malheureux condamné au treuil rnill, marquant le pas sur place, n'avançant jamais. C'est enrageant; aussi les anciens da11sleur enfer avaient-ils condamné Sh;:ypheà remonter un rocher qui retombait toujours sur lui, et les filles de D:,naüs à remplir un tonneau sans fond. Ces images représentent bien le faux essor de l'activité humaine. En résumé: .. .. L'homme, jeté sur cette terre, ignorant et nu, avait tout à apprendre, tout à créer, soit en lui-même, soit autour de lui. Domestiquer les animaux, éloigner ou détruire les bêtes féroces, assainir la terre, la défricher et la rendre féconde; par dessus tout se rendre sain de corps et d'esprit en cultivant l'un et l'autre, faire chaque jour quelques pas vers la constitution de l'unité de son espèce, afin de la rendre capable et digne de gou- • verner son globe, telle était l'immensité de sa tâche. Quoi d·étonnant que l'homme y ait employé des milliers de siècles? Quoi d'étonnant qu'il lui faille encore d'autres milliers de siècles î Quoi d'étonnant que ce déshérité de la nature ait pataugé dans la fange, dans le sang, qu'il se soit déchiré de ses propres mains, qu'il ait mis le feu dans les villes, incendié les forêts, qu'il ait cra agréable au dieu cruel, auteur de sa misérable destinée, en lui immûlant des victimes humaines dans des sacrifices sanglants, des hécatombes et des autodafés? ,Et comment s'étonnerait-on davantage que l'hvmme, sortant
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==