La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

522 LA REVUE SOCIALISTE force. On en a d'abord fait un esclave, puis un serf attaché à la glèbe, enfin maintenant il est un prolétaire, aiguillonné par la faim. C'est sous cette rude discipline, que l'homme est sorti d(} l'état sauvage et barbare, qu'il s'est plié et courbé à la fatigue, et qu'il en est arrivé où nous le voyons . • * Et maintenant, remarque importante, rien ne démontre mieux combien l'homme a besoin d'exercer son activité, que de le voir supporter comme il fait le travail répugnant, tellement contraire à son organisation que tous les jours nous le voyons victime de ce travail mal sain, homicide. Combien de mutilés, d'estropiés, de malingres, de phtisiques, combien qui n'arrivent pas à la moitié de la vie ordinaire et meurent avant l'àge ! 1 ! Et ce qui prouve la vérité de cette observation et le besoin que l'homme a d'exercer à tout prix son activité c'est le fait suivant. Proposez à un de ces travailleurs surmenés de le mettre dans une situation où il sera bien nourri, bien vêtu, à l'abri du froid et du chaud, où il n'aura rien à faire, rien qu'à demeurer tranquille et à respirer le bon air à pleins poumons, et même avec un joli paysage sous les yeux; à cette seule condition, c'est qu'il ne fasse rien, absolument rien de ses dix doigts et de ses autres facultés. Pendant quelques jonrs cet homme, épuisé, se délectera dans les délices de cette autre Capoue. Il se défatiguera, puis sentira renaitre ses forces, et bientôt alors il bondira comme un lion furieux, se précipitant dans le courant de la vie, voulant à tout prix reprendre le collier de misère. Et chacun de nous ferait comme lui, tant il est vrai que vivre c'est être actif et que par conséquent le plus grand des maux c'est l'inaction. L'inaction absolue équivaudrait à la mort. Certes,elle produirait des désordres qui l'amènerait infailliblement. Où il y a de la gê,ie il n'y a pas lie plaisir, dit un vieil adage. Nous voyons, en effet, que le travailrépugnant nous présente beaucoup de peines, et que, sans la contrainte et surtout sans l'impérieux besoin d'exercer son activité, l'homme ne pourait le supporter. Mais si nous regardons les enfants le spectacle change tout à fait. Ici l'activité est prodigieuse. Dieu sait si l'enfa ..t épargne sa peine, il n'y songe seulement pas. Il veut tout faire: porter, trainer, pousser di>sobjets dépassant ses forces; courir, grim-

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