La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

THÉLfaUTES DE RABELAIS ET IIARMONIENS DE FOURIER 521 une force croissante combien ces idées sont essentielles à l'homme. Au reste, il ne pouvait en être autrement puisque par destination• l'homme est un être sociable et qu'il ne peut vivre que dans l'état de société. Donc l'idée d'une société parfaite devait €t tourmenter l'esprit de l'homme. Cela était logique et fatal : seulement que d'essais d'esquisses, d'aperceptions plus ou moins folles, que de rêves devaient se produire avant d'entrevoir quelle pouvait èt.re cette société parfaite de tous points et propre à ètre le cadre ou plus justement la sphère normale de l'humanité, devenue par sa !'Cienceet son pouvoir la reine de sa planète! ... Kous le voyons par l'histoire, nous le constatons par tous les efforts, tous les avortements dont le monde a été témoin. Et l'homme a toujours recommencé ses tentatives sans jamais désespérer. C'est comme dans la légende de Prométhée et des Titans, voulant escalader L'Oiympe de Jupiter. Parmi tous ces chercheurs de mondes inconnus, un seul a vu juste, c'est celui qui a eu la conception de l'exercice normal de l'activité humaine d'une façon intégrale et permanente, du travail accepté par l'homme parce qu'il est conforme à sa nature. Loin de repousser le travail, comme il l'a fait jusqu'ici, l'homme l'appelerait de tous ses vœux, de tous ses désirs, comme un prisonnier appelle la liberté, un malade le grand air, le soleil, le mouvement, de même, nous avons vu l'enfant faire explosion dans la vie et ne se montrer satisfait que lorsqu'il est en pleine activité. Quand on dit à l'homme, tu vas descendre dans cette mine, tu y resteras douze heures, privé de jour, accablé de chaleur, détachant du charbon sous les coups redoublés de ton pic,exposé au grisou ; ou bien, le torse nu et ruisselant de sueur tu vas rester à la gueule de ce haut fourneau, tu vas souffler le verre; ou bien encore tu vas depuis quatre ou cinq heures du matin, couduire ta charrue ou ta charette, bêcher la terre ; ou bien tu vas t'asseoir dans un bureau pendant dix ou douze heures; tu vas donner des leçons de musique, ràcler du violon ou souffler dans une clarinette, ou faire danser pendant plusieurs heures de suite; ou bien vous allez forger, raboter, scier du bois, scier des pierres pendant toute la journée... Il est évident que l'.homme répugnera à un travail ainsi présenté. Sa nature tout entière proteste et se révolte. Aussi a-t-il fallu contraindre l'homme au trarnil, par la

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