508 LA RE\.UE SOCIALISTE Cinquante poëmes composent Nature. Les Champs, les Ruisseaux, les Etoiles. Danse de Libellules, la Procession des Fleurs le Vent surtout, séduiront les amateurs de beaux ,·ers. Ces cinquante poèmes sont autant <le tableaux au riche coloris qui en font une œuvre homogène d'un charme pénétrant et d'une rare sal'eur. t:n peu avant JVature, Rameau a publié Simple, un très l'igoureux roman - peut-être est-ce là, ce qu'il a écrit de mieux en prose. Ce livre est la douloureuse histoire d'un bohème. Paysan de quelque instruction épris de littérature, Léon Doris s'est laissé prendre au mirage parisien. Il a quitté sa prol'inee pour ,·enir conquérir la gloire dans la capitale. Si âpre que soit le récit de ce martyre, on y trouve plus d'une page de lyrique douceur, hoquant encore la nature, le pays landais, thème entre tous cher au cœur du bon poète. La Force des choses, Paul Margueritte, 1 l'o!., Kolb, éditeur. Le temps passe, l'eau coule et le cœur oublie. Cette pensée de Gustave Flambert explique en partie l'œuvrc récente de Paul Jllargueritte. Pierre Jorieu a voulu prendre femme contre le gré des siens. Son père s'est formellement opposil au mariage, ce père est une intelligence simple, ne comprenant le De\'Oir que sous la formule étriquée de la Consigne. Il ne pardonnera pas la désobéissance, même devant la mort de la jeune femme, il résistera par discipline à de latentes tendresses. un enfant est resté de cette liaison de Pierre. Pour l'enfant, Pierre Jorieu songe qu'il ne doit pas s'abandonner à la tristesse et aux découragement et après quelques jours se remet bral'ement au tra,·ail. Bientôt, il reprend son train de vie accoutumé, rend quelques visites. Il revoit, chez un de ses l'ieux amis, Hérard, une femme, Mme de Reynis, intelligente et belle, elle aussi affligée de peines analogues aux siennes, - elle a perdu coup sur coup. son père et son mari, là-bas, dans une lointaine colonie. Et Pierre songe que peut-être il troul'era en elle quelque sympathie, quelque pitié. Et en la douceur de cette amitié reprise peu à peu, Piene sent lenlèment s'atténuer sa douleur. Puis avec surprise d'abord, al'ec effroi ensuite,il constate un trouble nou,·eau en lui , il manque en sa maison le doux bruit d'une robe, la bonté d'une voix tendre et cette considération lui inspire l'idée qu'un joui' fatalement se lèvera en lui, la fièvre des sens, l'instinct brut, - l'affollement du sexe. Pie,·re épousera Mme de H.eynis. Le temps cicatrise les douleurs. La vie est bonne à ceux qui ont confiance en elle et attendent d'elle la consolation nécessaire. Ce n'est pas t1n oubli absolu du passé (qu'on él'oque encore en de douces mélancolies), mais c'est un senti ment comparable en quelque sorte, à cette indéfinissable impression qu'éprou,ent les convalescents, (de renaissance ne pourrait-on pas appeler cela d'ailleurs des convalescences d'esprit). La Force des choses est une œuHe remarquablement écrite, fortement observée et qui ne peut que g1·andir le bon renom d'écrirnin déjà acquis par M. Paul Margueritte.
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