La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

506 LA REVUE SOCIALISTE forme que par la conception. On Je lira, je <'rois, avec J<>•e;je n'hésite pas, pour ro11 part, à l• classer dans le 1,on coin rie ma bibliott.èque. Quelle amusante et supérieurement litti!raire satire du parnsitisme ! !\on seulement, abusant du hasard de frt<queotes ren<'ontres en omnibus Henri. un vague poète, se laisse souventes fois reteni,· à la tablt· de ~I.Yernet, un bouq;eois d'une honté réellement respectable, mais conçoit le désir de séduire 1,, femme de son hôte (une Madame Bovary en rérlurtion) et finalement viole à demi sa nièce i\!arguel'ite, une gamine de seize ans. Ce roman a de singulières 1·cssemùlanres avec la vie vraie, et sous ses dehors S<'eptiques, 11 m'apparaît comme une réhabilitation du /Jow·geois, c·cst-à-ùirc de l'homme simule bien souvent supérieur en leur nalvete, à ceux qui usent pour le tromper des ressources rie leur intellig-eocc complexe et retorse, - <'ar il y a parmi les bourgeois, autant d'exploités que d"exploiteurs. l\l. Jules Renard, pa1·ce roman, se trouve classé au rang des meilleurs pa1·mi les jeunes écrivains. Heures de Mélancolie, Jules Grisez-Droz. l volume; i\!ondi,licr, Lèon Carpentier, éditeur. L'auteur, un poète ounier, originaire de la Fran<'he-Comté, s'entend peu aux <'hoses de pure esthétique; aussi pounions-nous reprOC'he1· à son livre bien des banalités d'expression, si nous n'étions de ceux qui cherchent surtout en une œuvre la pensée et le cœur. Or, l'auteur se prouYe comme un généreux rsprit, et cela nous donne conflan<'e en lui. D'ailleurs tel sonnet, comme Teissoi11, nous semble dénoter en ~I. Grisez-Droz, uu vrai poète, qui n'anra qu'à écouter son rêve et à l'exprimer avec plus de spontanéité, plus d'élan, pour plaire aux plus dilliciles. Contes ~ Nicette, par Arthur Bel"lli-rle,préfaC'e de Charles Fuster, Fischbacher. éditeur. - 1;n C'llarmant volume rie nouvelles, ou plutôt de poèmes en prose, d'un style dclir ..t et d'une fine pen&!e. De jolies choses, dites avec enthousiasme par un sinC'ère. Les T'illagcois et Bébé sont ù cite,· particulièrement. A !'Ecart, roman, R. lllinhar et A. \"ailette, l vol. Pevyin et Cie. C'e~t un livre tro11blant que cette <'Onfession d'un malheureux dêstlquilibre qui à la suite rl'un crime inexpliqutl, s'enfuit, s'écarte de l'habituelle vie pour che,·cher en un milieu neuf l'ouuli nécessaire. L'assass111trouve une consolation en la compagnie d'un aut1·e halluriné, l'anglais Malonc qui se croit persécuté, et auquel il a fail l'aveu de son crime. ~lais tandis que le meurtrier se guérit, l\lalonc se suicirle. Les auteurs paraissent avoir voulu plaider la cause du pessimisme. Avec les exemples choisis, on en conviendra, il serait bien difficile de conclure dans un autre sens, mais ce sont des exceptions. Malg1·écela A l'Eca,-t, 1,our sa valeur littéraire mérite d'être lu. C'est nn livre qui échappe aux banalités coumntes rie la librairie. La Peur de la Mort, par François de Nion, chez Savine, éditeur. Si la mode était encore aux sous-titres, <'e volume, semble-t-il tout.. d'abord, pourrait porter <'clui-ci: Mémoin d'un homme de qualité ati XIX' siècle; il est, en etfet, la synthèse la plus exactement ironique de~ habitudes, des préjugés, des fa~ons de penser de toute une C'aste, résumée dans un personnage conscient et que sa superiorité intellectuelle isole et

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