474 LA REVUE SOCIALISTE à tirer de la misère ceux - et c·est le plus grand nombre - qui, pour manger du pain, acceptent des salaires absolument réduits, avec lesquels ils vont être dorénavant incapables de vivre et de faire vivre leur famille. « C'est pourquoi il est necessaice de remettre en vigueur le decret de 1848, qui n·a jamais éte abrogé, mais qui est tombë en desuétude, contre le marchandage. ~ f.'est pourquoi il est nécessaire, en outre et surtout, d"assurer à tout travailleur un minimum de salaire. << Ce minimum sera forcément variable suivant les corps de métier et suivant les régions. Tel travailleu'r qui subvient à ses besoins à la campagne avec 3 francs, serait incapabie de vivre en ville avec la m!me somme. Tel métier aussi nécessite plus de frais que tel autre. • Il y aura donc lieu d'établir une échelle des salaires par département et par corps dë métier. Et qu'on ne recule pas devant l'énormité du travail : cc sera bien peu de chose en comparaison de l'élaboration du tarif géneral des douanes. Au surplus, nous ne croyons pas qu'il faille confier cette nouvelle œuvre au Parlement. <cD.: même que les Chambres de commerce ont, par leurs rapports, grandement facilité la confection du tarif général des douanes, de même les syndicats professionnels aideront puissamment à la fixation du minimum de salaire que nous reclamons. c<Nous avons rappelé tout à l'heure que les « Trade's Unions » en Angleterre et les corporations aux Etats-Unis avaic:nt seules accompli pareille tâche. Nous estimons qu'en France, c'est aux syndicats qu'appartiendra le soin de jeter les bases de la nouvelle législation. (< Toutefois, comme les associations syndicales sont encore peu développées dans certaines contrCes et que, d'autre p:irt, il faut d'abord tenir compte des nécessités de l'existence dans chaque département. nous avons pense que les conseils généraux auraient seuls qualité pour effectuer la réforme que nous rroposons. « En résume, les syndicats professionnels de chaque département seraient donc appelés a tr:tnsmettre leurs vceux au Conseil général et celui-ci, après en avoir délibére, fixerait par corps de métier un minimum de salaire, obligatoire et légal pour une période de cinq années. « Nous espérons, messieurs, que cet exposé vous aura fait comprendre l'économie et l'urgence de notre proposition. Elle a été inspirée par un sentiment de justice ; elle ne tend nullement à favoriser une catégorie de citoyens au détriment d'une autre. Elle cherche simplement à empêcher de grandir la misêre qui sévit sur les travailleurs et à relever la main-d'œuvre nat!onale. Aucun motif sérieux ne pouvant être invoqué contre son principe, alor:; que tant de raisons d'équité, d"humanite et de patriotisme militent en sa faveur. nous avons le ferme espoir que vous voudrez bien adopter le texte dt loi que nou3, avons l'honneur de vous présenter et qui est le suivant : « Art. , .... - Les ouvriers ou employés des deux sexes, travaillant à l'heure, à la journée, à la semaine, au mois, à l'année ou à la tâche, ont droit à un salaire dont le minimum sera fixé dans des conditions ci-après dëterminees. << Art. 2. - Pour chaque corps de métier, dans c~aquc département, il est établi un minimum de salaire. « Art. 3. - Le Conseil général de c~aque département fixe pour une durée de cinq annCes le minimum de salaire afférent aux travailleurs de chaque corps de métier. « Il s'appuie, autant que possible, pour cette fixation, sur les rapports et les vœux qui lui sont envoyés à cet effet par les syndicats professionnels du departement. « Art. 4. - L'échelle des salaires, comprenant trois catégories distinctes (hommes, fernmes et enfants), est calculée dans chaque corps de métier scion le rôle de l'ouvrier ou employé. <\ Art. 5. - La fixation du minimum de salaire adoptée par les Conseils généraux ,est publiée au Jonrnal officiel par les soins du ministère du commerce et de )"industrie.
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