La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

150 LA REVUE SOCIALISTE faitement séparée du monde profane au haut de son acropole. Les constructions en pierre de taille, en briques et en boi:;, s'y groupaient agréablement et préseutaient - malgré quelques lacunes - un cnscmblagc bien ordonné. J'apportais au Président de la Communauté une lettre d'introduction d'outre-tombe dont voici l'origine: En 181ï, j'entendis parler du départ de Cabet pour le Texas et j'allais demander à Jullien de Paris, qui connaissait tout le monde, de me recommander à l'inventeur de l' Icarie afin de lui conseiller de diriger ses disciples vers un auLre état de l'union. Je revenais justement du Texas que j'avais vüülé à chcrnl dans toute son étendue et cette contré'3 me paraissait mal adaptée à la colonisation projetée, tant à cause du climat qu'ù cause de l'esclavagr. Outre les fièvres intermittentes provenant de son sol d'alluvion, le vomito negro ou fièvre jaune y faisait de fréquentes apparitions et décimait impitoyablement les émigrants des régions tempérées ..\lais un inconvénicn t plu,; grave, un fléau plus hideux que toutes les maladies était ù mes yeux : !"esclavage maintenu par des lois d'une barbarie impitoyable et amenant par une conséqurnce logique, la dégradation du travail libre. Les Icariens, placés Jans un tel milieu viendraient-ils donner un démenti scandalenx à lcu1·s principes de fraternité universelle? Sc feraient-ils acheteurs et vendeurs de nègres? Et s'ils n'allaient pas jusque-là, ne seraient-ils pas au moins forcés d'être les complices des marchands d'hommes en leur livrant les fugitifs en quôlc d'un refuge contre d'infàmcs traitements? En vain auraient-ils voulu se refuser à cette extradition inhumaine; les lois locales, comme celles du Congrès, leur en imposeraient le devoir. Tàcher de· s'y soustraire, c·était s·P.xposcr ù passer pour abolitionnistes et au nom dn Lynch Law a être si non massacl'és. au moins brntalement expulsés de l'Etat après avoir été enduits de goudron et couverts de plumes. Yoilà ce que j'anrais voulu communiquer ù Cabet, ce que j'aurais fait sans des circonstances imprévues qui m'obligèrent d0 quitter brusquement Paris et de différer la présentation d'une chaleureuse lettre de mon honorable ami Jullien de Paris. En traçant ces lignes, la bonne et douce figure de ce Jullien revit dans ma mémoire. On y lisait nn profond et sincère amour de l'humanité: mobile de sa vie entière toujours agis- ~ante jusqu'au dernier moment. Commissaire sous la Convention il correspondait, ùgé de dix-huit ans, avec Robespierre qui l'avait autorisé à l'appeler: Mon bon ami et il lui signala, de l\'antes, les crimes de Carrier. La réaction de Thermidor, l'en-

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