4-18 LA REVUE SOCIALISTE aussi, une époque où on ne verra plus le scandale du mercantilisme matrimonial qui est la plaie notamment des classes possédantes. Cette plaie est commune aux deux contractants, car si l'homme doit faire la chasse à la dot, la femme doit faire (où l'on doit faire pour elle) la chasse à la position. Comment autrement? Toute la vie de la femme est perpétuellement infériorisée par la loi et par lés mœurs; ce n'est pas sa faute si la législation et les conditions économiques du monde ont commercialisé l'acte sacré de l'union de deux ètres, qui ne devrait être faite qu'en vue d'une heureuse et amélioratrice vie commune et de la perpétuation de l'espèce. Je sais bien que dans les classes populaires, ce mercantilisme a moins de prise, mais que d'autres causes destructives de l'harmonie familiale ! Dans les familles de travailleurs, l'amour, le lien divin. qui pouvait tout unir dans une harmonie de solidarité et de justice, est dès le principe, battu en brèche par le travail mercenaire, qui, de l'aube à la nuit, souvent mème de l'aube à une heure avancée de la nuit, sépare les conjoints et leurs enfants pour les exténuer séparément. Père, mère. enfants, ne se retrouvent qu'après une journée épui• sante, qui ne leur laisse plus que la force de tomber, brisés de fatigue, pour les quelques heures de nuit qui restent, sur un pauvre grabat dans le logis, sans confort et sans joie. Et que de douleurs plus grandes, quand la maladie ou le chômage ont vidé la huche et éteint le foyer ! • Vous le voyez; pas de vie de famille possible pour le prolétaire. Que d'autres plaies intérieures de la famille actuelle il nous resterait à dévoiler. Mais il faut conclure et nous le faisons, en demandant, d'après tout ce qui précède, s'il est blasphématoire de prétendre que l'organisation familiale doit être améliorée et qu'elle doit l'être à la fois par la réforme des lois civiles, par une transformation économique et par l'adoucissement des mœurs. Nous ne le croyons pas et nous ajoutons : Vouloir un ordre fa1111ilial qui, fondé sur l'affection mutuelle des conjoints librement unis, sur le respect de la dignité humaine aussi dans la femme et sur le souci du développement intégral de l'enfant, aurait pour but le culte en commun de la justice et du progrès moral et social, le bonheur des contractants, leur perfectionnement et celui de l'espèce ; - vouloir cela, ce n'est pas pousser ù l'abolition de la famille, mais à sa moralisation. Qu'en pensez-vous, femmes intelligentes, et vous, hommes de bonne foi? Benoit MALON. (à suivre) .,
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