LA REVUE SOCIALISTE Le christianisme ayant solennisé le mariage et étendu la monogamie, la femme gagna en dignité morale ; mais son servage de fait d'ailleurs consacré par le nouveau dogme et justifié, avec forces invectives, par saint Paul et les Pères de l'Eglise, persista : l'ordre propriétaire étant resté le même, quant au fond. C'est pour cette raison que, de nos jours encore, malgré les échappées de droit révolutionnaire qu'on trouve dans nos codes, malgré les protestations des novateurs et des victimes, ni la femme ni l'enfant ne sont encore affranchis des anciennes servitudes, qui sont seulement atténuées plus encore par les mœurs que par les lois. Et que d'oppressions sans nom, que d'exécrables brutalités, que d'horrifiants assassinats (d'ailleurs encouragés par les scandaleux acquitements des indignes jurés bourgeois) déshonorent et ensanglantent encore les foyers et s'étendrnt, au surplus, à toute la surface des rapports sexuels dont au moins en France l'ensauvagissement n'est pas contestable. depuis que Joseph Prudhomme juré, passant du ridicule à l'atroce. s'est mis à acquitter, au nom de la morale et de la propriété bourgeoises, toutes les ignobles vitrioleuses d'hommes et tous les lâches tueurs de femmes. Cependant la cognée est dans l'arbre, l'affaiblissement des vieux dogmes, la conquête des libertés civiles et politiques, ont leur contrecoup dans l'organisation familiale, et de ce chef le malaise, précurseur d'une forme plus libérale, plus humaine et plus juste, va croissant. Les statisticiens, dit Ch. Letourneau, dans son beau livre sur I' Evolution du ,!Jvforiage et de la Fal!lille, les statisticiens non évolutionnistes constatent, sans y rien comprendre, que de plus en plus,l'indissolubilité du mariage devient intolérable aux individus. II y a comme un marée toujours montante de discorde, qui rend de plus en plus précaire la stabilité conjugale. Ce fâcheux état de chose désole, d'autre part, les moralistes qui, eux non plus, n'en trouvent pas la raison. L'étonnement des uns se ne justifie pas plus que les gémissements des autres. C'est tout uniquement l'avenir qui, avec son effronterie habituelle, veut sortir du passé. On nous crie que tout va finir. Point; tout \'a se renouveler. Depuis le plus lointain âge de pierre, l'histoire de l'Humanité n'a été qu'une longue série de renouvellements. Bien loin de s'affliger, quand le monde entier semble entrer dans une période de genèse, il y a lieu de se réjouir et de redire avec Lucrèce : ...... , ............... Tout est métamorphoses: Toujours un flot nouveau chasse les vieilles choses Et l'échange ctcrnel rajeunit l'Univers. Ici d'aucuns vont se voiler la face. - Prétendez-vous attaquer la monogamie. - Non, certes ! sans parler de la loi du balancement des sexes, qui en fait presque une nécessité, elle est de beaucoup la plus digne et elle doit être conservée ; mais elle peut être améliorée. Il peut y entrer
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==