La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

L1;;:-;O1S SOCIALlSTES 44.5 taire, plus le joug familial a pesé lourdement sur la femme surtout, dont la servitude ne prenait fin que par la mort. Les anciens textes sont effroyablement précis. Ecoutez la loi de Manou : <<La femme, pendant son enfance, dépend de son père; pendant sa jeunesse, de son mari ; son mari mort, de ses fils ; si elle n'a pas de fils. des proches parents de son mari : car une femme ne doit jamais se gouverner à sa guise. » Les lois grecques et romaines disent la même chose.,< Fille, elle est soumise à son père; le père mort, à ses frères ; mariée, elle est sous la tutelle du mari ; le mari mort, elle ne retourne pas dans sa propre famille, car elle a renoncé à elle pour toujours par le mariage sacré; la veuve reste soumise à la tutelle des agnats de son mari, c'est-à-dire de ses propres fils, s'il y en a, ou à défaut de fils, des plus proches parents. « Son mari a une telle autorité sur elle,qu'il peut,avant de mourir, lui désigner un tuteur et même un second mari. » Et les sanctions étaient féroces. La loi de Manou, plus haut citée, condamnait la femme qui avait « violé effectivement son devoir envers son seigneur, à être dévorée par des chiens dans un lieu très fréquenté. » La loi hébraïque - la Bible en témoigne - n'était pas plus douce tant s'en faut. Dans l'Hellénie, l'intensification de l'asservissement des femmes qui correspond à l'établissement de la propriété individuelle et au resserrement du dogme, a été célébré par Eschyle dans l'Oresfie, par Euripide dans l'Oreste. On connait la légende : Oreste, favori d'Appolon, tue sa mère pour venger son père, crime inouï jusque-là. Cependant les Euménides qui veulent punir le violateur de l'ancien Droit, sont vaincues par Minerve « qui n'était pas née de la femme » et par les nouveaux dieux. L'homme l'emporte, la femme est asservie, son rôle fini. Le fils n'appartiendra plus à la mère. le père sera le maître de la maison, comme le déclare Minerve, et le fils commandera la mère. Ainsi ont dit les anciens poètes, ainsi il en sera dans la réalité: « La femme traitée en mineure, sera soumise à son père, à son mari, aux parents de son mari s'il vient à mourir. Elle sera dépouillée de ses biens : les mâles et les descendants des mâles exclueront les femmes et les descendants des femmes de l'héritage de la propriété. Caton l'Ancien formulera le nouveau code conjugal : « Le mari est juge de la femme ; son pouvoir n'a pas de limites; il peut ce qu'il veut. Si elle a commis quelque faute; il la punit; si elle a bu du vin, il la condamne; si elle a eu commerce avec un autre homme, il la tue. (Paul Lafargue : Le Matriarcat, dans la [J(_oiwelle 'l(e-vue.)

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