La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

CARET ET LES ICARIEKS 11 Cabet se sentait déjà républicain en 1815, néanmoins sous la Restauration, il fut persécuté comme bonapartiste et plaida, en effet, dans le procès du général Vaux, accusé d'avoir conspiré pour le retour de Napoléon 1... Une étrange confusion s'était faite entre la république et l'empire, identifiant leur haine contre les Bourbon~ de manière à ne former qu'un parti, aux yeux duquel Ste-Hélène am11istiait le 18 brumaire. Aberration malheureuse, longtemps prrsistante dans la tête des révolutionnaires et des poètes I Elle devait fatalement conduire au trône le fils de la reine Hortense, livrer la France à un nouveau despotisme de vingt ans et aboutir à Sédan. La déplorable légende - propagée par les chansons de Bérenger, par les odes hyperboliques de Yictor Hugo, par l'histoire apologétique de Thiers - s'imposa au pays, pendant plus de trente ans, comme une vérité. Dans la Charbonnerie, si acLive sous Louis XYIII et sons Charles X, elle avait produit un pèle-mêle dans les idées au point que beaucoup d'actifs conspirateurs aurai<'nt été embarrassés de répondre s'ils travaillaient pour le retour de la République ou pour celui de la dynastie corse. Au mi lien de ce dilcmm<' s'infiltrait l'Orléanismc et la T'ente Suprême, dont faisait partie Cabet avec Lafayette, Manuel, Dupont (de l'Eure), d'Argenson, Koechlin et Courcelles, fit éclater la révolution de Juillet et con·titua la monarchie de Louis-Philippe, non comme étant la meilleure république, mais cc qne les circonstances permettaier1t de faire de plus répu blicain.Cabet,se r<'ndant un compte .plus net que ses associés du but désirable, ne le crut pas atteint, par la substitution de la branche cadette des Bonrbons à la branche ainée. Autorisé par ses antécédents et par la part active prise anx trois glorieuses journées, comme membre de la municipalité improvisée du Luxembourg et de l'Od!'•on, il écrit à la Chambre pour lni demander do convoquer un,' nouvelle Assemblée nationale ou une Convention. Il publie aussi un long mémoire dans le même sens. Le roi de la Bourgeoisie tàche, par tics r,aroles captieuses et le miroitement des honneurs, de gagner à sa cause, - qu'on appellera le juste milieu, - cet énergique et intègre citoyen et Dupont (de l'Eure), dont il est le secrétaire intime, parvient, non sans peine, à lui faire accepter, en s'adressant à son patriotisme, la place de procureur-général en Corse. car c'<'st un champ ouve1·t à de salutaires réforme,;. Là, il réorganise les justices de paix, fait instituer le jury, qui n'existait pas an milieu de la sauvage population et travaille à purger l'île de ses bandits: tàcho difficile qu'il aurait su conduire probablement à bonne fin. Mais,

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