La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

u;xn1s SOCIALISTES 113 barques légères du fond <le la Scandinavie; il reprit au larron germain la France du Nord, l'Italie méridionale et l'Angleterre tout entière. Oh ! le vol fut accom;ili sans formalités hypocrites. Le lendemain de la bataille d'Hastings, Guillaume, dit le Co11q11ér,111t, se fit apporter les registres des proprit:tés de la monarchie anglo-saxonne pour les distribuer à la bande pillarde qu'il avait conduite en Angleterre L'etat de partage prit un nom sinistre ; les Angle-Saxons, dépossédés à leur tour de ce qu'ils avaient précédemment enlevé aux prè1res et aux Celtes primitifs, l'appelèrent le 'Doo111s-d,1y Book (le livre du jugement). Maigre consolation. Les Normands avaient fait une grosse parta•1 clergé catholique: mais celui-ci fut dépossédé. à son tour, par Henri Vlll d sa digne fille Elisabeth,qui partagerent le produit de la violente confiscation avec les nobles et avec le clergé anglican, qui est depuis ce temps, le clergé le plus grassement prébendé de toute la terre. Ce ne sont là que les principaux faits, et combien on pourrait en ajouter ! De nos jours, au moins, entre Européens, l'esclavage a disparu et les guerres internationales n'ont pas pour but direct la prise par les vainqueurs du bien du peuple vaincu ; on se contente de ravir les provinces et d'imposer des indemnités de plusieurs milliards. :-:'allez pas croire, cependant, que la propriété soit davantage la récompense du travail ; elle est, dans sa forme la plus générique, le fruit de l'accumulation, par les détenteurs du capital, des produits du travail d'autrui. C'est toujours la spoliation sous une enveloppe moins rude, mais se généralisant en raison <lire.:te du dé\·eloppement et du perfectionnement de l'outillage; ou si lo'n veut, de la puissancification de la produc tion capitaliste. C'est la grande contradiction et le grand péril. Pendant qu'aux salariés, politiquement affranchis par le suffrage universel, les économistes répetent que toute propriété vient du travail, ceux qui travaillent n'ont pas de propriété et gagnent à peine de quoi subsister, et ils voient fort bien que ce sont gt:néralement <lesoisifs qui vivent dans l'opulence et possèdent la terre. Or, ces travailleurs forment la grande majorité. " Comment les empêcher d'employer un jour la prépondérance « dont ils disposent pour essayer de changer les lois qui président à " la distribution de la richesse de façon à mettre en pratique la parole << de saint Paul: « Celui qui ne travaille pas, ne doit pas manger.>• Et Laveleye avertit les hommes de ce temps que.si l'on ne se hâte de combattre le fléau de l'inégalité et les douleurs du paupérisme, notamment par un impôt sur les successions et la reconstitution des propriétés communales, la civilisation pourra sombrer. " Les démocraties antiques, dit-il, en propres termes, ont péri par l'inégalité; les démocraties modernes périront de même et abouti-

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