412 LA REVUE SOCIALISTE tage et les affranchis du despotisme patriarcal furent rapidement dépossédés. , Ce furent les débuts de la propriété individuelle qui, sans atteindre jamais à l'universalité, devint vite prédominante ; mais le conflit entre la forme collective et la forme individuelle ne prit pas fin par le triomphe partiel de cette dernière qui avait pour conséquences immédiates la cupidité surexcitée, la cruauté développée, l'esclavage monstrueusement étendu et la malédiction du paupérisme s·abattant sur les plèbes nominalement libres. On tenta dans les cités hellénique :le parer à ce dernier fléau, générateur de formidable~ et renaissantes protestations plébéiennes, par la limitation des successions, les repas publics et par le maintien de la propriété collective pour les forêts et les pâturages. Mais rien ne put prévaloir contre la rapacité des oligarchies possédantes, et l'inégalité et la misère croissant toujours, l'ère des luttes de classes fut ouverte. ,, Les Cités grecques, dit Fustel de Coulanges dans la Cité .A11tiq11e, flottèrent sans cesse (notamment de la guerre du Péloponèse à la conquête romaine), entre deux révolutions, l'une qui dépouillait les riches, l'autre qui les remettait en possession de leur fortune. Mèmes luttes à Rome Pendant que les Plébéiens conquerraient un à un les droits polititiques, ils étaient dépouillés par un patriciat aussi habile qu'avide de leurs derniers lambeaux de propriété. L'ager p11blicus ne fut pas plus respecté par les patriciens. qui s'en emparèrent malgré l'héroïque et généreuse résistance des Saturninus. des Licinius Stolon, des mag-nanimes Gracques, et de leurs nombreux précurseurs. La suite est connue: « Le prolétariat, déshérité. prend la place des citoyens propriétaires, qui était la moelle de la République. 11n'y a plus de peuple romain, il y a des riches et des pauvres qui s'exècrent. Enfin, de l'hostilité des classes sort. comme toujours, le despotisme. PEne résume ce drame en un mot qui explique l'histoire ancienne: Latif1111dipaerdidere Italiam ja111vero et provincias. A Rome, comme en Grèce, l'inégalité, après avoir tué la liberté, a perdu l'Etat lui-même. " (Emile de Laveleye: De la Propriétéel de ses/ormesprimitives). Ainsi se passaient les choses dans l'intérieur de l'Etat; dans les contacts de peuple à peuple. les rapports n'étaient guère plus idylliques. La guerre était comptée par Aristote au nombre des moyens légitimes d'acquérir et le peuple vaincu était partiellement réduit en esclavage et toujours dépouillé de ses biens. li en fut ainsi longtemps encore. Les Romains avaient dépossédé et asservi les Italiques, les Héllènes, les Ibères, les Gaulois, les Syriens ; ils furent, à leur tour, dépossédés et asservis par les hordes germaniques du v• siècle. Puis les nouveaux beati posside11tes 'étant faits chrétiens, ils partagèrent avec les évêques et les moines. Enfin, voi.:i qu'un troisième larron, le Normand, arriva sur ses
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