LU1'DIS SOC!.\ LISTES 435 -symptômes, tous les penseurs croyaient qu·une aube nouvelle de pacification occidentale allait désobscurer l'horizon de l'histoire. L'espérance est tenace; trois quarts de siècle plus tard, et bien que la sanglante épopée napoléonienne, qui succéda si malheureusement à l'héroïque défense républicaine de la France révolutionnée, eùt révéillé tant de mauvais instincts, la prédiction de Saint-Simon et de Comte qu'une civilisation industrielle allait succéder à la civilisation militaire, panît sur le point de se réaliser. Encore au moment où la guerre de Crim~e battait son plein, l'illustre auteur de l' Hiifoire d~ la Civilisafio11 en A11gldare, Henri-Thomas Bürkle, annonpit fièrement la fin des guerres. La guerre actuelle, disait-il, a été suscitée par les deux peuples les plus arriér~s de l'Europe (Russie et Turquie), ce sera probablement la dernière; la civilisation ne tolèrera plus des conflits de ce genre. On pouvait le croire. Tous les so;ialistes (moins Proudhon, qui, <!ans de regrettables boutades, a osé glorifier la guerre), posaient à la base de l'organisation politique future, la Fédération des peuples. Et la grande Associafio11 i11/a111/io111/ed~s /r.iv.iill,!lws, fondée en 1864, donnait de cette fédération une première assise, en solidarisant les salariés des Deux-Mondes pour la lutte émancipatrice co:1tre l'oppression politique et contre l'exploitation capit::iliste. MJis pendant que les prolétaires se fédéraient ainsi à travers les frontières, que de vaillants et clairvoyants progressistes comme V. Hugo, Garibaldi, Ch. Lemonnier, Frédéric Passy, Hodgson Pratt, John Bright, Gœgg, Acolas, Godin, Cremer, Moneta, E. Thiaudière, et combien d'autres se proclamaient les citoyens d'une Europe pacifiée et fédérée, le chauvinisme nationaliste relevait la tète; et, maintenant, la civilisation occidentale ploie sous le poids des armes, dans l'attente de quelque destruction mongolique. Tant il y a loin de la coupe aux lèvres ! La bourgeoisie dirigeante, en se refusant aux réformes sociales, a vu se greffer sur son libéralisme politique la systématisation de la lutte économique, du déchainement des égoïstes et des intéréts antagoniques, de l'a~iotage sp:iliateur, de l'exploitation de l'homme par lï1omme, avec toutes ses conséquences de misères, de servitude, de <légénérescence morale et physique. :.Iais elle devait, au moins, nous donner, avec la paix p:ilitique, la paix internationale. On voit ce qu'il e:1e;t : la regression est d'ailleurs explicable. Lorsque la Révolution française déchira, de sa foudre et de ses éclairs, le ciel de plomb du vieux régime, emportant dans sa tourmente émancipatrice, le despotisme royal avec les privilèges de caste; lorsque l'avenir fut ainsi ouvert au progrès de l'esprit humain; ne pas <:ompléter l'œuvre et s'en tenir aux libérations politiques, en laissant subsister les antagonismes et les privilèges économiques, c'était s'arrè-
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