1113 LA REVUE SOCIALISTE ter à moitié œuvre, c'était fatalement aller au devant d'un nouveau militarisme. Que si, en e!Tet, la grande bénéficiaire, la classe bourgeoise avait besoin, tout d'abord,du marché universel pour l'écoulement <leses marchandises, c'est-à-dire de paix internationale, elle avait, dans sa situation particulière, plus besoin encore de maintenir, par la force, dans. l'ordre, le prolétariat grandissant, et de réprimer, en même temps que les tentatives républicaines, le socialisme naissant. Or, pour réprimer, il faut des armées, et c'est pourquoi le militarisme, en dépit des prom~sses des rois, survécut aux traités de 1815. Tacitement, il fut entendu que, désormais, le rôle principal des. armées (qui devaient s'en acquitter trop bien) serait de réprimer les aspirations populaires et notamment les revendications prolétariennes. ou so~ialistes. Le principe ne tarda pas d'ailleurs à être hautement formulé par le général Changarnier qui, dans sa proclamation à l'armée des Alpes, datée de Lyon 1849, s'exprima comme suit, en_ substance : « Les armées modernes ont pour fonction moins la lutte contre l'ennemi extérieur que la défense de l'ordre contre les émeutiers de l'intérieur. » Les choses ne sont pourtant pas allées aussi loin que l'aurait Voulu Changarnier. Les armées répriment bien encore, mais elles ont d'autres perspectives. L'organe crée la fonction ; il n'est donc pas étonnant que la constitution de formidables armées nationales ait surexcité le nationalisme qui, follement favorisé, comme diversion, par les gouvernements me<1acés,a bouleversé l'Europe par le« fer et par le feu», rouvert sinistrement le temple de Janus et créé la terrifiante situation internationale actuelle. Maintenant, nous vivons accablés sous la perpétuelle menace d'une conflagration qui mettrait aux prises vingt millions d'hommes armés d'engins foudroyants et nous ramènerait aux funestes destructions des Barbares du cinquième siècle, avec cette différence que c'est sur leurs. propres terres que les nouveaux Barbares, - les prétendus civilisés de nos jours - porteraient la désolation et la mort. On n'a pas idée d'une pareille aberration, et on ne saurait la comprendre, si l'on ne remonte à la cause que nous venons d'indiquer sommairement. Telle sera pourtant l'horrible réalité de demain, tel l'aboutissant de la situation présente, si le socialisme n'y met ordre. Si vis pacem, para justiciam, si tu veux la paix entre les peuples, organise la justice sociale, crient les événements à l'homme contemporain perdu dans les sentiers sanglants du militarisme homicide et déprimant. A ce point de vue, l'avènement du socialisme n'est pas seulement une question de meilleure organisation politique et économique, c'est une question de vie ou de mort sociale.
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