La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

4.31 LA REVUE SOCIALISTE public cosmopolite qui suivait les Fontenelle, les Montesquieu, les Voltaire, les Diderot, les Rousseau, les Buffon, les d'Alembert, les <l'Holbach, les Helvétius, les Condorcet, les Wieland, les Gessner, les Franklin, les Richardson, les Grimm, les Pope, les Gœthe, les Schiller, les Galiani. les Mably, les Raynal, les Morelly, les Sterne. A tous les penseurs il semblait que le jour de la Fédération européenne était proche, on poussait l'espérance jusqu'au mépris, parfois excessif au moins en France, du patriotisme. Au reste, l'idée d'une Europe fédérée pouvait paraître mûre, ayant passé par bien des phases et acquis bien des titres de noblesse. Déjà, en 1464, Georges Podiebrad, roi de Bohême, avait exposé devant Louis XI, roi de France, un plan de pacification et d'organisation de la nouvelle Europe. Henri IV et son ministre Sully, vers la fin du XV• siècle, avaient conçu un projet semblable, mais plus approfondi : il s'agissait de fonder une République chrétienne d'Etats indépendants, où les guerres eussent été rendues impossibles par une sorte de Conseil amphictyonnique. En 162 J, Eme rie Lacroix avait publié à Paris le nouveau Cyuée, discours des occasions et moyens d'établir une paix générale et la liberté du co1w1œrcepour tout le monde; il y plaidait en faveur de l'établissement d'une Diète intcmationale per111a11wte, qui devait être investie du pouvoir d'arranger toutes les querelles entre les nations. Leibnitz avait soutenu, en 1670, que ce but serait atteint par les nations de l'Europe, quand elles se formeraient en Cqnfédération. N'oublions pas aussi qu'en 1693, le grand et vertueux William Penn, dans un Essai sur la paix présente et future de l'Europe, avait tenté également de prouver que, par l'établissement d'une Diète ou Confédération, l'Europe pourrait, si elle le voulait, s'affranchir entièrement de la guerre. Enfin, vingt ans plus tard, la théorie de la paix universelle et perpétuelle avait trouvé, dans l'abbé de Saint-Pierre, l'un de ses plus enthousiastes défenseurs. Le premier de ses ouvrages sur ce sujet fut publié en 1712, le dernier en 1736. Rappelons encore que J.-J. Rousseau avait donné, en 1761, une éloquente exposition des vues de l'ingénieux abbé Goudard, dans son livre la Paix de l'Europe ( 1764) et dans son Espoir chinois ( 1764), que Mayer, dans son Tableau politique et littéraire de l'Europe en 1775, avait p I oposé pour assurer et maintenir la paix des plans de congrès européens qui sont, en substance, les mêmes que celui de l'abbé de SaintPierre, et que Kant allait donner son projet de paix perpétuelle par l'arbitrage, récemment traduit en français par Ch. Lemonnier. Malgré les coupables conquêtes de Frédérik li, grosses de guerres futures, malgré le non moins coupable d~peçage de la Pologne par Catherine II, Marie-Thérèse et le même Frédérik qu'on trouvait toujours là où il y avait des ,i provinces à voler »; malgré ces menaçants

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