La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

391 LA REVUE SOCIALISTE moyen bien qu'ils se rendissent parfaitement compte des aspirations de la masse vers l'égalité et la liberté. lis s'imaginèrent qu'en modifiant le système actuel de propriété et de production,suffisamment pour le rendre tolérable aux " classes inférieures » celles-ci s'en serviraient pour améliorer de plus en plus leur situation, que la classe riche s'éteindrait progressivement par suite de cette amélioration, et que par conséquent l'égalité en résulterait finalement. Cette théorie paraissait rationnelle; en pratique, elle échoua complètement. L'emploi de ce système n'aurait pu aboutir qu'à la création d'une classe ouvrière plus favorisée, se rapprochant de la classe moyenne, et ayant au-dessous d'elle un immense prolétariat, dont la situation aurait été pire que dans l'esclavage antique. Heureusement on n'en vint pas là, grâce à cet instinct de liberté et d'égalité qui s'était éveillé dans les masses. Néanmoins ce système qui fut appelé « Socialisme d'Etat » fut employé en partie. li amena bien une certaine dimin:ition du pouvoir des classes élevées, mais ce fut le seul résultat. Les classes ouvrières devenaient plus pauvres, malgré l'augmentation des salaires. Elles avaient bien obtenu certaines améliorations mais non la liberté. Tout ce qu'elles avaient atteint c'était une organisation sérieuse en associations de métiers avec une fédération générale. Elles avaient amassé aussi des fonds importants pour soutenir la lutte. Les mesures de Socialisme d'Etat s'accentuaient; on vota une réduction des heures de travail, un minimum de salaires, un maximum de prix des denrées. On en venait ainsi peu à peu à la taxe des pauvres, et aux distributions de pain aux prolétaires, comme autrefois chez les Romains. C'était là d'ailleurs le résultat fatal du Socialisme d'Etat, en admettant qu'on eût pu le mettre en pratique jusqu'au bout, ce qui ne fut pas le cas. Cependant, on alla plus loin encore. Le gouvernement créa des manufactures et des marchés nationaux pour la fabrication et la vente des produits de première nécessité. Bref on prit des mesures comme dans une ville assiégée. Ce mesures paralysèrent entièrement le vieux système commercial sous lequel on avait vécu si longtemps. Rien n'alla plus, les « temps difficiles» se succédèrent, l'année 1952 fut terrible, et le peuple dut être nourri de << charité » ( 1). Alors les Fédérations ouvrières intervinrent; elles formulèrent (1) N'o'ib1ions pas que celui qui parle est un utopiste anarchiste, par conséquent un ennemi acharné du Socialisme rcformiste et de !"Etat socialiste.

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